Faut-il instaurer une sélection à l'entrée de l'université, comme le propose Bruno Retailleau ?

· Éducation

Candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau réclame une sélection à l'université et le remplacement de Parcoursup, alors que les lycéens mobilisés demandent la fin de la plateforme.

Des étudiantes prennent des notes, assises dans un amphithéâtre pendant un cours.
Photo Vitaly Gariev, Unsplash (licence Unsplash), recadrée en 3:4

Le contexte

Un bachelier sur deux qui entre à l'université n'en ressort avec aucun diplôme. C'est à partir de ce constat que Bruno Retailleau a présenté, le 14 octobre, ses propositions pour l'école dans un livre de dix-huit lettres thématiques publié aux éditions de l'Observatoire. Le sénateur LR, candidat à la présidentielle, réclame une sélection à l'entrée de l'université. Selon lui, la sélection existe déjà, mais elle est « cachée » : c'est l'échec en première année. « Je veux casser ça parce que c'est l'échec », dit-il. Il veut aussi remplacer Parcoursup, qu'il décrit comme une « boîte noire », par une plateforme qui sélectionnerait « uniquement » au mérite.

Ce que proposait déjà le Sénat

Il reprend les conclusions d'une commission d'enquête du Sénat lancée par la droite sénatoriale, dont le rapport a été rendu public le 9 septembre. La rapporteure, la sénatrice LR Laurence Garnier, recommande de mettre fin au droit d'accès à l'enseignement supérieur pour tous les bacheliers, de laisser chaque université fixer ses conditions d'entrée en premier cycle et de créer une « année de propédeutique » pour les candidats qui n'ont pas les prérequis. Le rapport chiffre l'échec : 47 % des étudiants inscrits en première année de licence en 2019 n'avaient aucun diplôme cinq ans plus tard, un tiers seulement avaient leur licence en trois ans, et la Cour des comptes évalue le coût de cet échec à 534 millions d'euros par an.

Les cinq élus de gauche de la commission, dont son président communiste Pierre Ouzoulias, ont voté contre le rapport. Il partage le constat de déclassement, mais estime que la sélection existe déjà de fait et que la réponse se trouve dans le financement : les assises du financement évoquent un déficit cumulé de 2 milliards d'euros pour les universités d'ici 2030.

Un calendrier qui n'a rien de neutre

La proposition arrive en pleine mobilisation lycéenne. Les organisations de jeunesse réclament la fin de Parcoursup et 250 000 places supplémentaires dans le supérieur. À l'Assemblée, le 13 octobre, la députée LFI Marie Mesmeur a qualifié Parcoursup d'« archaïsme des années Macron » et dénoncé la mise en concurrence « des élèves de 14 à 18 ans ». Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, lui a répondu que 34 étudiants seulement n'avaient pas obtenu de place l'an dernier et que « Parcoursup est le contraire du tri social ». Le gouvernement se dit prêt à modifier la plateforme, mais refuse de la supprimer. Entre ceux qui veulent ouvrir plus grand les portes de la fac et ceux qui veulent y filtrer l'entrée, le choix est net.

Les arguments pour

  • Un étudiant sur deux entré en licence n'a aucun diplôme cinq ans plus tard : mieux vaut dire non avant que de laisser échouer Selon le rapport du Sénat, 47 % des inscrits en première année de licence en 2019 n'avaient obtenu aucun diplôme au bout de cinq ans, pour un coût évalué à 534 millions d'euros par an par la Cour des comptes. Une sélection assumée, avec une année de remise à niveau pour ceux qui n'ont pas les prérequis, orienterait ces jeunes plus tôt au lieu de les laisser perdre un à deux ans. C'est le sens du mot « sélection cachée » employé par Bruno Retailleau.
  • Les bacheliers professionnels et technologiques n'ont presque aucune chance en licence générale Le rapport sénatorial relève un taux de réussite en licence de 5 % pour les bacheliers professionnels et technologiques, qui représentent pourtant 17 % des inscrits. Les laisser s'inscrire sans condition revient, pour les partisans de la sélection, à leur promettre un diplôme qu'ils n'obtiendront presque jamais, alors qu'une orientation vers des filières adaptées leur donnerait de vraies chances.

Les arguments contre

  • Le problème des facs est leur financement, pas des étudiants en trop Pierre Ouzoulias, président de la commission d'enquête, et les élus de gauche ont voté contre le rapport : pour eux, la sélection existe déjà de fait et trier à l'entrée ne réglera pas le sous-investissement, alors que les universités accusent un déficit cumulé estimé à 2 milliards d'euros d'ici 2030. Fermer la porte à des bacheliers ne crée ni enseignants ni amphis supplémentaires.
  • Les lycéens dans la rue demandent plus de places, pas plus de tri Les organisations lycéennes mobilisées depuis la mi-septembre réclament la fin de Parcoursup et 250 000 places supplémentaires dans le supérieur. À l'Assemblée, Marie Mesmeur (LFI) dénonce la mise en concurrence d'élèves de 14 à 18 ans. Instaurer une sélection explicite irait exactement à l'inverse de ce que demandent ceux qui manifestent, au risque de prolonger la crise.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

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