Le groupe Seb doit-il bannir les PFAS de ses poêles Tefal ?
· Santé
Trois associations ont mis en demeure le groupe Seb, fabricant des poêles Tefal, de planifier sa sortie des PFAS, les « polluants éternels ».
Le contexte
Le revêtement qui empêche l’omelette d’attacher vaut au groupe Seb une mise en demeure. Le 9 octobre, Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont sommé le fabricant des poêles Tefal de planifier l’abandon des PFAS, ces « polluants éternels » qui persistent dans l’environnement et s’accumulent dans le corps humain. Elles visent le PTFE, qui donne aux poêles leur surface antiadhésive.
Les associations invoquent le devoir de vigilance, une loi de 2017 qui oblige les grandes entreprises à prévenir les risques sanitaires et environnementaux liés à leur activité. Selon Novethic, le plan de vigilance de Seb ne fixe aucun objectif de réduction des PFAS, alors que le groupe les classe lui-même parmi ses priorités. Seb a trois mois pour réviser ce plan, faute de quoi les associations envisagent de saisir la justice. Le groupe dit vouloir examiner la demande « avec attention ».
Pourquoi les poêles avaient échappé à la loi
En avril 2024, l’Assemblée avait adopté une proposition de loi du député écologiste Nicolas Thierry interdisant les PFAS dans les cosmétiques, les farts de ski et les vêtements à partir de 2026. Les ustensiles de cuisine figuraient dans le texte de départ. Ils en ont été retirés à la demande de la majorité de l’époque, du RN et de LR, après l’alerte de Seb sur 3 000 emplois dans ses usines de Rumilly et de Tournus.
Le texte est devenu loi en 2025, toujours sans les poêles. Une restriction européenne en préparation pourrait, à terme, toucher ce secteur. En parallèle, trois associations ont saisi le tribunal administratif de Grenoble au sujet des rejets de PFAS dans l’air autour de l’usine Tefal de Rumilly, en Haute-Savoie.
Les arguments pour
- Arrêter d’ajouter des polluants qui ne disparaissent pas à une pollution déjà difficile à éliminer Les PFAS se dégradent à peine et s’accumulent dans l’eau, les sols et le corps humain. Les poêles antiadhésives en contiennent largement : supprimer l’usage à la source évite d’en remettre en circulation à chaque nouvelle série produite.
- Sans échéance imposée, la sortie des PFAS est toujours repoussée En 2024, le rapporteur Nicolas Thierry rappelait que certaines marques annonçaient la fin des PFAS dès le début des années 2010 sans passer aux actes, faute d’obligation. Deux ans plus tard, le plan de vigilance de Seb ne contient toujours aucun objectif chiffré de réduction, selon Novethic.
- Les riverains des usines sont exposés, pas seulement les utilisateurs de poêles La fabrication rejette aussi des PFAS : trois associations ont saisi le tribunal administratif de Grenoble au sujet des rejets dans l’air de l’usine Tefal de Rumilly. Programmer l’abandon de ces substances réduirait aussi ces rejets autour des sites.
Les arguments contre
- Des milliers d’emplois industriels en France dépendent de ces poêles En 2024, Seb chiffrait à 3 000 les emplois menacés à Rumilly et Tournus. Les députés qui ont retiré les ustensiles de la loi estimaient qu’une interdiction rapide, sans solution de remplacement prête, détruirait des emplois.
- Mieux vaut une règle européenne pour tous qu’une pression sur un seul fabricant La mise en demeure ne vise que Seb, alors que des poêles antiadhésives d’autres marques restent vendues partout. En 2024, le ministre Roland Lescure rappelait que Seb avait abandonné le PFOA dès 2012, huit ans avant son interdiction européenne. Une restriction européenne, en préparation, s’appliquerait à tous les fabricants en même temps.
Sources
- Le groupe d’électroménager Seb sommé d’arrêter d’utiliser des PFAS par trois associations, Sud Radio (AFP) (2026)
- PFAS : SEB est mis en demeure pour manquement à son devoir de vigilance, Novethic (2026)
- Polluants éternels : les députés adoptent un texte pour restreindre leur usage, mais excluent les ustensiles de cuisine, LCP (2024)
- Polluants éternels : SEB « rassuré » que ses produits aient été exclus de la proposition de loi, L’info durable (AFP) (2024)
Sondage clos le .