Un salarié doit-il dire à son employeur qu'il utilise l'IA pour son travail ?

· Travail et protection sociale

Selon une enquête de l'AFP publiée le 13 octobre, de nombreux salariés utilisent des outils d'IA à l'insu de leur employeur, alors que la BCE estime que 52 % des salariés de la zone euro y recourent au travail.

Une femme tape sur un ordinateur portable posé sur une table, un café glacé à côté
Photo : Swello / Unsplash (licence Unsplash), recadrée

Le contexte

Sophie, 38 ans, gère plus de 500 lots immobiliers et accuse 300 à 400 mails de retard. Elle a souscrit à ses frais un abonnement à une IA pour rédiger ses réponses aux propriétaires et aux locataires, sans en parler à son employeur. Camille, 34 ans, architecte, fait retravailler ses textes et résumer ses dossiers par une IA qui réalise selon elle 80 à 90 % du travail, qu'elle relit ensuite. Un responsable de communication de 41 ans décrit un recours à ChatGPT généralisé dans son entreprise, « où le sujet n'est pas abordé franchement ». Ces témoignages, recueillis par l'AFP et publiés le 13 octobre par L'info durable, dessinent une pratique massive et discrète.

Un usage qui a doublé en deux ans

Le 13 octobre, Philip Lane, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a indiqué que 52 % des salariés de la zone euro utilisent l'IA dans leur travail, contre 26 % en 2024, selon les enquêtes de la BCE. Le baromètre Work Trend Index de Microsoft et LinkedIn, cité par L'info durable, relevait dès 2024 que 78 % des utilisateurs d'IA au travail passaient par leurs propres outils. Les raisons avancées par les experts interrogés : absence de consignes internes (Cécile Dejoux, Cnam), outils fournis par l'employeur jugés dépassés (Gérôme Billois, Wavestone), surcharge de travail et gain de temps immédiat.

Ce que risquent les entreprises

Le danger principal tient aux données : documents confidentiels, secrets d'affaires et informations personnelles partagés avec un outil grand public, avertissent Gérôme Billois et l'avocate Schéhérazade Abboub. La fiche France Num destinée aux TPE et PME rappelle que tout ce qui est saisi dans un outil grand public peut servir à l'entraîner, recommande de n'y introduire aucune donnée confidentielle, personnelle ou stratégique, et conseille aux entreprises de définir des conditions d'usage pour leurs salariés. Les experts cités par L'info durable plaident pour cartographier les besoins, fournir des outils adaptés et aborder le sujet ouvertement.

Les arguments pour

  • Les secrets de l'entreprise partent dans un outil qu'elle ne contrôle pas Un salarié qui colle un contrat, un dossier client ou un fichier de locataires dans une IA grand public expose des secrets d'affaires et des données personnelles, préviennent le consultant Gérôme Billois et l'avocate Schéhérazade Abboub. Tout ce qui est saisi peut servir à entraîner l'outil, rappelle France Num. L'employeur ne peut encadrer ce risque que s'il sait que l'outil est utilisé.
  • Un cadre connu protège aussi le salarié en cas de problème L'entreprise reste responsable des décisions prises à partir d'une IA et devient responsable de traitement dès que des données personnelles sont concernées. Si une erreur de l'outil se retrouve dans un courrier ou un devis, le salarié qui l'a utilisé en secret portera seul la faute ; celui qui a déclaré son usage dans un cadre validé par l'employeur est couvert par les règles de l'entreprise.

Les arguments contre

  • Les salariés se cachent parce que l'employeur n'a rien prévu Absence de consignes internes, outils maison jugés dépassés à cause des contraintes réglementaires et budgétaires, surcharge de travail : les experts interrogés décrivent un vide que les salariés comblent seuls, comme Sophie et ses 400 mails en retard. Avant d'exiger une déclaration, c'est à l'entreprise de fournir un outil et une règle du jeu.
  • Tant que le travail est relu et validé, l'outil relève de la méthode personnelle Camille, architecte, fait produire 80 à 90 % d'un texte par l'IA puis le relit et le corrige. Le résultat livré engage sa compétence, comme un correcteur orthographique ou un moteur de recherche avant elle. Une salariée interrogée relativise d'ailleurs le risque de confidentialité, déjà présent avec les outils numériques courants.

Sources

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