Faut-il retirer à CNews sa fréquence sur la TNT ?
· Culture et médias
Une pétition déposée sur le site de l'Assemblée nationale pour réclamer la fermeture de CNews a dépassé les 500 000 signatures le 2 novembre.
Le contexte
Lancée en juin par Lucas Massoni sur le site de l'Assemblée nationale, la pétition « Supprimer CNews » est longtemps restée confidentielle. Elle a décollé après l'attentat de Trappes et La Verrière : 300 000 signatures le samedi 31 octobre selon LCP, puis 500 000 le 2 novembre selon Presse-citron. Son auteur réclame le retrait immédiat de la convention qui autorise la chaîne du groupe Bolloré à émettre sur la TNT.
Il reproche à CNews d'avoir moqué « en boucle » les origines d'Aya Nakamura et de Rima Hassan, et d'avoir comparé des Français noirs, dont le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, à des singes. Il rappelle que la chaîne a reçu depuis 2019 27 rappels à l'ordre de l'Arcom et 630 000 euros d'amendes. Des élus critiquent aussi la chaîne : le député LFI Thomas Portes l'accuse de viser les musulmans, et le maire de Trappes, Ali Rabeh, estime qu'il faut cesser de la considérer comme un média. Selon Presse-citron, CNews refuse de commenter ce qu'elle qualifie de « pétition politique ».
Ce que peut produire la pétition
Même avec un débat dans l'hémicycle, les signataires ne peuvent pas obtenir la fermeture de la chaîne. La commission des affaires culturelles doit d'abord examiner le texte, puis la conférence des présidents peut décider d'un débat en séance. Ce débat n'entraînerait ni la fermeture de CNews ni une procédure de l'Arcom, seule autorité à pouvoir retirer une fréquence.
Le précédent de C8
En juillet 2024, l'Arcom a présélectionné CNews pour une nouvelle autorisation, mais pas C8, autre chaîne du groupe, qui a perdu sa place sur la TNT en 2025. La droite et l'extrême droite avaient dénoncé une censure politique. Roch-Olivier Maistre, alors président de l'Arcom, répondait que le régulateur n'avait fait qu'appliquer les critères de la loi de 1986, qui impose aux chaînes l'honnêteté, le pluralisme et l'indépendance de l'information.
Les arguments pour
- Les amendes à répétition n'ont pas changé la ligne de la chaîne CNews a reçu 27 rappels à l'ordre et 630 000 euros d'amendes depuis 2019. L'auteur de la pétition juge ces sanctions sans effet, puisque le groupe Bolloré les paie tant que la chaîne garde son canal.
- En 2024, CNews cumulait autant de manquements que C8, qui a perdu sa fréquence Pour Camille Broyelle, professeure de droit à Paris-Panthéon-Assas citée par Public Sénat, « toutes les conditions étaient réunies pour rejeter le projet de CNews », qui avait cumulé en 2024 autant de rappels à l'ordre, de mises en demeure et de sanctions que C8. La loi de 1986 exige des chaînes honnêteté, pluralisme et indépendance de l'information.
Les arguments contre
- Fermer une chaîne pour ses opinions menacerait la liberté d'expression Quand C8 a perdu sa fréquence, la droite et l'extrême droite ont dénoncé une « attaque de la liberté d'expression » menée par l'Arcom, qu'elles jugeaient sans légitimité. Retirer sa fréquence à la chaîne d'information du groupe Bolloré relancerait ce reproche.
- Le régulateur a déjà examiné CNews et l'a retenue en 2024 En juillet 2024, l'Arcom a présélectionné CNews tout en écartant C8 et NRJ12. Le régulateur dispose d'une échelle de sanctions, de la mise en demeure jusqu'au retrait de l'autorisation, et c'est à lui seul, pas à une pétition, de décider d'aller jusque-là.
Sources
- « Supprimer CNews » : une pétition demandant la fermeture de la chaîne du groupe Bolloré dépasse les 300 000 signatures, LCP (2026)
- « Supprimer CNews de l'audiovisuel français » : cette pétition signée par 500 000 personnes a-t-elle des chances d'aboutir ?, Presse-citron (2026)
- Fréquences TNT : l'Arcom rend son verdict, CB News (2024)
- Fin de C8 : pourquoi la décision de l'Arcom n'est pas de la censure, Public Sénat (2025)
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