Approuvez-vous que Renault fabrique des drones militaires dans ses usines ?
· Économie et consommation
Renault a présenté à la presse, dans son usine de Batilly, sa méthode pour fabriquer en série et à bas coût des drones militaires.
Le contexte
Dans l'usine Renault de Batilly, près de Metz, un utilitaire Master sort des lignes toutes les 90 secondes. C'est là que le constructeur a montré à la presse comment il compte produire des drones militaires en série, raconte une dépêche de l'AFP publiée le 10 octobre. Les lignes de drones, elles, attendent encore leurs commandes.
L'histoire commence en juillet 2024, quand la Direction générale de l'armement (DGA) sollicite Renault : la France accuse alors un retard sur les drones, devenus une arme centrale de la guerre en Ukraine. Deux engins sont en préparation. Chorus, un drone de frappe à longue portée conçu avec Turgis Gaillard, doit être assemblé au Mans. Toutatis, une munition télépilotée de courte portée, est développée avec Thales.
Selon la DGA, citée par Le Monde et le Journal de l'économie, le contrat de Chorus avoisine 90 millions d'euros et chaque exemplaire coûte 120 000 euros. Renault annonce une capacité allant jusqu'à 600 unités par mois au Mans, mobilisable selon les commandes. Près de 100 des 1 400 salariés du site ont répondu à l'appel au volontariat. L'État détient 15 % du capital du groupe.
Les recettes de l'automobile
Les ingénieurs de Renault ont commencé par compter les vis. Ils ont remplacé le carbone par du plastique, simplifié les ailes pour pouvoir les souder automatiquement et choisi un moteur thermique d'environ 15 000 euros au lieu d'un turboréacteur à 700 000 ou 800 000 euros. « C'était un choc des cultures », résume Jean-Philippe Billai, directeur de l'excellence industrielle du groupe.
Ce que conteste la CGT
En juin, la CGT-Renault a dénoncé ce virage. Pour le syndicat, de nombreux salariés « sont entrés chez Renault pour fabriquer des voitures, pas des armes ». Il s'inquiète aussi de l'export : le PDG de Thales destine Toutatis d'abord à des clients étrangers. Au Mans, un représentant de FO y voit au contraire une source d'activité et d'emplois.
Les arguments pour
- Des drones beaucoup moins chers, donc disponibles en grand nombre pour l'armée Un moteur thermique d'environ 15 000 euros remplace un turboréacteur de 700 000 à 800 000 euros, et Renault dit fabriquer une unité toutes les deux heures, contre une tous les quinze jours auparavant. La DGA chiffre un Chorus à 120 000 euros, moins qu'une munition de croisière classique selon l'analyse du Monde.
- La France comblerait son retard sur une arme devenue décisive en Ukraine C'est l'État qui est venu chercher Renault, en juillet 2024, parce que la France accusait un retard sur les drones. Selon Éric Esperance, du cabinet Roland Berger, les ingénieurs de l'aéronautique, habitués aux appareils très performants, « ne savent pas faire » un drone conçu pour ne servir qu'une fois.
- Des usines automobiles trouvent une nouvelle activité Au Mans, près de 100 salariés sur 1 400 se sont portés volontaires pour la future ligne. « Si cela nous apporte de l'activité et crée des emplois directs et indirects, tant mieux », estime un représentant FO du site. Renault explique aussi que ses clients automobiles ne paient pas plus pour ses technologies, alors que la défense permet de les valoriser.
Les arguments contre
- Des salariés n'ont pas choisi de travailler pour l'armement La CGT-Renault affirme que de nombreux salariés « sont entrés chez Renault pour fabriquer des voitures, pas des armes » et conteste le « plein soutien » revendiqué par la direction. Le syndicat reproche aussi à Renault d'avoir informé les représentants du personnel après les annonces faites à la presse.
- Ces armes pourraient être vendues à l'étranger, pas seulement à l'armée française Selon la CGT, le PDG de Thales destine le drone Toutatis d'abord à l'export, alors que la direction de Renault aurait assuré en interne ne travailler que pour l'armée française. Un constructeur dont l'État détient 15 % du capital deviendrait ainsi fournisseur d'armes pour d'autres pays.
Sources
- « Choc des cultures » : Renault met sa production en série au service des drones (dépêche AFP), Sud Radio (2026)
- Renault adapte son usine du Mans au drone militaire Chorus, Journal de l'économie (2026)
- La diversification de Renault dans la défense suscite la colère de la CGT, Journal de l'Automobile (2026)
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