Faut-il un prix littéraire réservé aux œuvres écrites avec l'aide de l'intelligence artificielle ?

· Sciences et numérique

Un nouveau prix littéraire, le prix Pascal, veut récompenser chaque année une œuvre en français écrite avec l'aide de l'intelligence artificielle.

Une machine à écrire ancienne avec une feuille de papier glissée dans le rouleau
Photo Maggie Isley, Unsplash (licence Unsplash), photo d'illustration ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le jeudi 15 octobre, lors d'une intervention pour Normandie Livre & Lecture, le chercheur Alexandre Gefen, directeur scientifique au CNRS, a révélé la création du prix Pascal. Selon Livres Hebdo, il récompensera chaque année une œuvre originale, ouverte à toute la francophonie, qui utilise l'intelligence artificielle. Le jury est encore en cours de constitution, et Alexandre Gefen annonce qu'il sera présidé par Jacques Attali. Le lauréat verra son manuscrit publié.

Le règlement, cité par le Journal du Geek, accepte tous les grands modèles de langage, mais demande aux candidats un dossier technique qui détaille l'outil et les instructions utilisés. L'œuvre doit aussi être « utile », alerter ou proposer une réponse à un défi écologique, social ou éthique.

Le prix arrive quelques semaines après l'affaire Thélyson Orélien. Son roman avait été retiré de la course au Goncourt après des soupçons d'usage de l'IA, et sa maison d'édition canadienne a confirmé ensuite l'intervention d'une IA. Pour le Journal du Geek, chez Goncourt comme chez la plupart des auteurs, l'usage de l'IA reste une ligne à ne pas franchir.

Alexandre Gefen relativise la portée du prix : « Ce prix est une expérience ludique pour moi », a-t-il déclaré à Livres Hebdo. Sur le plan juridique, un texte entièrement généré par une IA n'a pas, en l'état, de titulaire de droits identifié, rappelle le Journal du Geek.

Les arguments pour

  • Un prix à part permet de juger ouvertement des textes écrits avec l'IA, au lieu de les découvrir après coup L'affaire Thélyson Orélien a montré qu'un texte soupçonné d'avoir été écrit par une IA pouvait atteindre la course au Goncourt. Le prix Pascal demande au contraire un dossier technique qui détaille l'outil et les instructions utilisés.
  • Mieux vaut juger les textes écrits avec l'IA sur leur qualité littéraire que les exclure d'office Le règlement accepte tous les grands modèles, de ChatGPT à Mistral, et juge les textes sur des critères esthétiques, narratifs et stylistiques. Pour Alexandre Gefen, le prix n'entérine pas « la bascule entre deux mondes qui seraient étanches ».

Les arguments contre

  • Récompenser un texte produit par une machine dévalue le travail des auteurs Selon le Journal du Geek, chez Goncourt comme chez la plupart des auteurs, l'usage de l'IA reste une ligne à ne pas franchir. Un prix dédié donne une reconnaissance littéraire à des textes dont une partie n'a pas été écrite par leur signataire.
  • Un texte entièrement généré par une IA n'a, en l'état, aucun titulaire de droits identifié Le droit d'auteur français protège les œuvres de l'esprit. Selon le Journal du Geek, un texte entièrement généré par une IA n'a pas de titulaire de droits identifié. Le prix pourrait donc distinguer des textes sur lesquels personne ne détient de droits.

Sources

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