Les pompiers professionnels ont-ils raison de prolonger leur grève jusqu'en décembre ?

· Travail et protection sociale

L'intersyndicale des sapeurs-pompiers professionnels a annoncé le 14 octobre la reconduction de sa grève jusqu'au 4 décembre, jugeant insuffisantes les annonces du gouvernement.

Un sapeur-pompier en tenue rouge, casque argenté, debout sur le toit d'un camion de pompiers portant l'inscription « Sapeurs-pompiers », lors d'un exercice
Photo : Doyo Hermann / Unsplash (licence Unsplash), parc de Sceaux, recadrée

Le contexte

Le préavis devait s'arrêter le 20 octobre. Il court désormais jusqu'au 4 décembre inclus. Mercredi 14 octobre, les huit organisations de l'intersyndicale des sapeurs-pompiers professionnels ont annoncé la reconduction du mouvement lancé le 8 septembre, au sortir d'un été où plus de 100 000 hectares ont brûlé.

Ce que réclament les pompiers

Dans un courrier au ministre de l'Intérieur, les syndicats demandent des « engagements concrets » dans trois textes : la loi de modernisation de la Sécurité civile, la loi de finances pour 2027 et un protocole d'accord sur la santé, la sécurité et la filière. Ils veulent un financement pérenne des Sdis, les services départementaux d'incendie et de secours, sans avancer de montant, un plan de recrutement massif de professionnels sous statut, et une « réduction drastique de la sollicitation opérationnelle ». Les pompiers ont assuré 4,89 millions d'interventions de secours et de soins d'urgence en 2025, soit 87 % de leur activité. Les dépenses de fonctionnement des Sdis sont passées de 3,9 milliards d'euros en 2012 à 5,2 milliards en 2025.

Ce que le gouvernement a mis sur la table

Début octobre, à la clôture du congrès des sapeurs-pompiers, Laurent Nuñez a promis un milliard d'euros supplémentaires sur cinq ans pour la Sécurité civile, dont 200 millions en 2027. Le 6 octobre, devant les députés, il a annoncé une hausse de la taxe spéciale sur les conventions d'assurance, qui rapporterait 140 à 150 millions d'euros par an aux Sdis dès 2027. Pour les moyens aériens, il prévoit de doubler la location d'avions l'été plutôt que d'agrandir la flotte nationale. Le 29 septembre, environ 8 000 pompiers avaient défilé à Paris. « On n'est pas venus chercher 1 euro de plus pour notre salaire », résumait alors Xavier Boy, porte-parole de l'intersyndicale.

Ce jour-là, la direction de la Sécurité civile comptait 4 903 grévistes, soit 13,6 % des 44 000 professionnels ; les syndicats avançaient 50 %, en rappelant que les grévistes désignés pour assurer le service ne sont pas comptés. Pour l'intersyndicale, les annonces ne répondent pas aux revendications. Pour le ministre, le plan pluriannuel constitue la réponse.

Les arguments pour

  • Un milliard sur cinq ans ne règle pas le financement durable des Sdis Les dépenses de fonctionnement des Sdis ont augmenté de 1,3 milliard d'euros entre 2012 et 2025. Face à cela, le plan annoncé représente 200 millions par an, plus 140 à 150 millions de taxe sur les assurances. Les syndicats veulent un financement inscrit dans la loi de finances et dans la loi Sécurité civile, deux textes qui se jouent cet automne : lever la grève avant leur vote reviendrait à perdre le seul levier dont ils disposent.
  • La grève ne prive personne de secours Les pompiers grévistes continuent d'intervenir : les agents désignés pour assurer le service le font, au point que la direction compte 13,6 % de grévistes quand les syndicats en revendiquent 50 %. Le mouvement pèse sur le calendrier politique sans mettre les habitants en danger, ce qui le rend tenable sur deux mois de plus.
  • Les interventions explosent pendant que les effectifs manquent Près de 4,9 millions d'interventions de secours et de soins d'urgence en 2025, un été à plus de 100 000 hectares brûlés, quatre collègues perdus et plusieurs centaines de pompiers intoxiqués cette saison, selon un responsable syndical du Var. Le recentrage des missions et le recrutement statutaire demandés visent précisément cette surcharge.

Les arguments contre

  • Le gouvernement a répondu, et avant même l'échéance du préavis Un milliard d'euros sur cinq ans, 200 millions dès 2027, une taxe dédiée qui rapportera 140 à 150 millions par an aux Sdis et deux fois plus d'avions loués l'été : ces annonces datent de début octobre, avant la fin prévue du mouvement. Prolonger la grève jusqu'en décembre alors que le budget est en discussion revient à refuser la négociation plutôt qu'à la poursuivre.
  • Les Sdis dépendent d'abord des départements, pas de l'État Les services d'incendie sont financés principalement par les départements, comme l'a rappelé le Premier ministre en annonçant 200 millions d'euros pour ces collectivités. Faire porter deux mois de grève supplémentaires sur une loi de finances nationale vise une porte qui n'est pas la bonne, alors que les discussions avec les financeurs locaux restent à mener.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

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