Le Parlement européen a-t-il eu raison d’accueillir une statue satirique de Donald Trump nu ?

· Culture et médias

Une statue dorée de Donald Trump nu, « La Peste orange » du Danois Jens Galschiøt, a été exposée cette semaine au Parlement européen à Strasbourg, à l’invitation d’un eurodéputé de gauche.

Portrait officiel de Donald Trump en 2025, en costume bleu, chemise blanche et cravate rouge, un pin’s du drapeau américain au revers, sur fond sombre.
Daniel Torok, Maison-Blanche, via Wikimedia Commons, domaine public, recadré en 3:4

Le contexte

Haute de 2,6 mètres et recouverte de feuilles d’or, la statue montre Donald Trump nu, assis sur le dos d’un homme frêle, une balance dans une main et un club de golf dans l’autre. Son titre : « La Peste orange ». Sur l’écriteau, le personnage dit qu’il ferait tout pour aider l’homme qui le porte, « sauf descendre ».

L’œuvre a été installée au Parlement européen à Strasbourg en début de semaine, dans le cadre d’une exposition proposée par l’eurodéputé danois Per Clausen, membre du groupe de La Gauche. Elle devait y rester jusqu’à jeudi 8 octobre, avant de partir pour la conférence de l’ONU sur le climat en Turquie. Ce n’est pas une initiative officielle de l’Union européenne.

Ce que dit l’artiste

Le sculpteur danois Jens Galschiøt reprend une de ses œuvres de 2002, qui dénonçait les inégalités de richesse. Il présente cette version comme un « cri satirique » contre la politique climatique de Trump, qu’il décrit comme l’une des plus grandes menaces pour l’ordre mondial. La statue a déjà été montrée à la COP30 au Brésil et à la conférence de Munich sur la sécurité en février. Environ 20 000 miniatures imprimées en 3D ont été distribuées aux visiteurs et au personnel du Parlement.

Per Clausen dit ne pas craindre de réaction de Washington. Trump n’avait pas réagi au moment de la publication des articles. Un porte-parole du Parti républicain en France a jugé l’œuvre « pathétique ».

Les arguments pour

  • Un Parlement démocratique doit pouvoir accueillir la satire, même contre un allié La caricature des puissants fait partie de la tradition européenne. Per Clausen résume l’idée : un dirigeant trop susceptible pour supporter une sculpture n’a rien à faire sur la scène internationale. Refuser l’œuvre par peur de Washington aurait envoyé le message inverse.
  • L’œuvre vise une politique précise, celle du climat L’artiste explique attaquer la politique climatique de Trump, et la statue a été montrée à la COP30 au Brésil avant de partir pour la COP31 en Turquie. Le Parlement européen, qui vote les lois climatiques de l’Union, est un lieu cohérent pour ce débat.
  • L’exposition vient d’un eurodéputé, pas de l’Union européenne La statue a été exposée à l’initiative d’un seul élu, membre du groupe de La Gauche, et non de l’institution. Elle n’engage ni le Parlement dans son ensemble ni les gouvernements européens.

Les arguments contre

  • Une institution de l’Union ne devrait pas servir de vitrine pour humilier un chef d’État en exercice Les Européens négocient en permanence avec Washington sur le commerce, la défense ou l’Ukraine. Exposer un président américain nu dans les locaux du Parlement, même via un seul groupe politique, mélange militantisme et institution. Un porte-parole du Parti républicain en France l’a d’ailleurs jugé « pathétique ».
  • La nudité s’en prend à la personne plus qu’à ses idées La statue montre le corps de Trump, nu et doré, plutôt qu’une mesure ou un chiffre. Ce registre convient à une galerie ou à un journal satirique, moins à un lieu où siègent des élus de toutes sensibilités et où le respect de l’adversaire est censé être la règle.

Sources

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