Faut-il suspendre pendant dix ans le chantier du canal Seine-Nord Europe ?

· Environnement et énergie

Une proposition de loi gelant pour dix ans le canal Seine-Nord Europe, chiffré à 7,3 milliards d’euros, est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée du 29 octobre.

Une péniche chargée de charbon franchit une écluse du canal de la Deûle, à Lille, sous une passerelle.
Lamiot, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0), recadrage 3:4

Le contexte

Le 6 octobre, la conférence des présidents de l’Assemblée nationale a inscrit au 29 octobre une proposition de loi qui suspendrait pendant dix ans le projet de canal Seine-Nord Europe. Déposé le 15 septembre par des députés La France insoumise, le texte gèlerait les études, les travaux, les opérations foncières et l’instruction des autorisations. Seules la mise en sécurité du chantier, la remise en état et les mesures environnementales déjà prescrites continueraient. Il n’a encore été ni examiné en commission ni voté.

Un chantier lancé en 2022

Le canal doit relier Compiègne, dans l’Oise, à Aubencheul-au-Bac, dans le Nord, sur 107 kilomètres. Large de 54 mètres, il doit accueillir des bateaux de grand gabarit transportant jusqu’à 4 400 tonnes et ouvrir le bassin de la Seine au réseau fluvial du nord de l’Europe. Les travaux ont commencé en 2022 ; à Montmacq, une écluse est en construction.

Une facture revue à la hausse

En janvier 2026, la Société du Canal Seine-Nord Europe a chiffré le projet à 7,3 milliards d’euros courants, contre 5,1 milliards dans la convention de financement de 2019. Elle attribue cette hausse au report de la mise en service, désormais prévue en 2032, à l’inflation, à l’évolution des normes et à des provisions pour risques. La part européenne du financement est passée de 40 % à 50 % en 2024, et 868 millions d’euros sont déjà acquis jusqu’à fin 2027.

Ce que défendent les uns et contestent les autres

La Société du canal met en avant le transfert de marchandises de la route vers l’eau : selon elle, un bateau de 4 400 tonnes équivaut à 220 camions, et le canal pourrait voir passer 17 millions de tonnes par an vers 2035. Ses partisans le présentent comme un levier pour un transport de marchandises moins émetteur, sans l’opposer au rail.

Les opposants contestent ces prévisions de trafic et l’emprise du projet. Les auteurs de la proposition de loi évoquent 2 500 à 3 300 hectares de terres agricoles touchés, 240 hectares de zones humides et des besoins en eau de 35 millions de mètres cubes. Des chercheurs interrogés par l’AFP rappellent que le changement climatique tend à réduire le débit des rivières en été et que les compensations écologiques n’évitent pas une perte nette de biodiversité. Selon les mêmes députés, environ 15 % des marchés de construction étaient attribués en juillet 2026, ce qui rendrait un arrêt encore possible.

Les arguments pour

  • Le coût a déjà grimpé de 2,2 milliards d’euros : une pause permettrait de tout réévaluer Le projet est passé de 5,1 milliards d’euros courants en 2019 à 7,3 milliards, selon la Société du canal elle-même. D’après les auteurs du texte, seule une petite partie des marchés de construction était attribuée en juillet 2026 : suspendre maintenant permettrait de réexaminer l’intérêt du canal avant que l’essentiel des dépenses ne soit engagé.
  • Le canal aura besoin d’eau dans une région où les rivières baissent l’été Les auteurs du texte chiffrent ses besoins à 35 millions de mètres cubes, plus une réserve de 14 millions de mètres cubes. Une hydrologue du CNRS interrogée par l’AFP rappelle que le changement climatique tend à faire diminuer le débit des rivières en été, ce qui accroîtrait la pression sur l’Oise.
  • Des milliers d’hectares de champs et de zones humides seraient artificialisés Selon les auteurs du texte, 2 500 à 3 300 hectares de terres agricoles et 240 hectares de zones humides sont concernés. Une chercheuse interrogée par l’AFP souligne que les retours d’expérience montrent toujours une perte nette de biodiversité malgré les mesures de compensation.

Les arguments contre

  • Un bateau de 4 400 tonnes retire 220 camions de la route C’est l’équivalence avancée par la Société du canal, qui prévoit 17 millions de tonnes de marchandises par an vers 2035 et 2,3 millions de poids lourds en moins à l’échelle européenne. Elle estime les émissions évitées à 50 millions de tonnes de CO2 sur quarante ans ; geler le projet repousserait d’autant ce transfert.
  • Un gel de dix ans laisserait des ouvrages inachevés et ferait monter la facture Les travaux ont démarré en 2022 et une écluse sort déjà de terre à Montmacq. Le texte prévoit lui-même de poursuivre la mise en sécurité et la remise en état des sites pendant le moratoire. Or le report de la mise en service et l’inflation expliquent déjà plus d’un milliard d’euros de la hausse du coût, selon la Société du canal.

Sources

Sondage clos le .

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