Faut-il élargir la vente de médicaments à l'unité, au nombre exact de comprimés prescrits ?

· Santé

La commission des affaires sociales de l'Assemblée a adopté le 15 octobre un amendement qui permettrait aux pharmaciens de délivrer à l'unité une liste élargie de médicaments.

Plaquettes de comprimés et de gélules posées en vrac sous une lumière bleutée
Photo Christine Sandu, Unsplash (licence Unsplash) ; recadrée en 3:4

Le contexte

Un traitement de dix-huit comprimés, une boîte de vingt ou de trente : c'est l'exemple choisi par le député Guillaume Kasbarian (Renaissance) pour défendre la délivrance à l'unité. Selon lui, l'Assurance maladie n'a pas à financer plus de comprimés que nécessaire « au seul motif que le laboratoire a choisi cette taille de boîte ».

Son amendement au budget de la Sécurité sociale pour 2027 a été adopté le jeudi 15 octobre en commission des affaires sociales, avec le soutien d'Agnès Pannier-Runacher (Renaissance), de Damien Maudet (LFI) et de Christophe Bentz (RN). Le pharmacien pourrait remettre exactement le nombre d'unités prescrit, pour une liste de médicaments fixée par décret. La loi le permet déjà pour « certaines spécialités », une possibilité jugée « trop limitée » par les auteurs.

Rien n'est acquis. En séance, à partir de mardi, les députés repartent du texte initial du gouvernement et l'amendement devra être de nouveau défendu.

Une idée déjà testée

En 2014, la ministre de la Santé Marisol Touraine avait lancé une expérimentation d'un an sur une vingtaine d'antibiotiques, dans quatre régions. L'objectif était de 75 pharmacies ne délivrant que la dose exacte du traitement, comparées à 25 pharmacies témoins. Il s'agissait de limiter la surconsommation, les résistances aux antibiotiques et le gaspillage.

Les réserves

Le rapporteur général Thibault Bazin (Droite républicaine) s'est prononcé contre. Il dit partager l'idée mais juge la mise en œuvre complexe : logiciels, conditionnements, étiquetage et rémunération des pharmacies seraient à revoir. En 2013, l'Ordre des pharmaciens s'était déjà opposé à la vente à l'unité, en pointant l'absence de concertation et des questions non réglées sur la traçabilité.

Les arguments pour

  • La Sécu ne paierait plus des comprimés qui ne serviront pas Quand un traitement compte dix-huit comprimés et que la boîte en contient vingt ou trente, l'Assurance maladie rembourse la différence. Guillaume Kasbarian estime qu'elle n'a pas à payer ce surplus imposé par la taille des boîtes choisie par le laboratoire.
  • Moins de restes d'antibiotiques pris plus tard sans avis médical Lors de l'expérimentation de 2014, le gouvernement voulait lutter contre la surconsommation et l'abus d'antibiotiques, qui favorise les résistances. Remettre la dose exacte évite qu'une partie de la boîte reste à la maison.

Les arguments contre

  • Un chantier lourd pour les pharmacies Le rapporteur général Thibault Bazin rappelle qu'il faudrait adapter les logiciels, les conditionnements, l'étiquetage et la façon dont les officines sont rémunérées. Selon lui, cela suppose une négociation qui n'a pas commencé.
  • Des comprimés sortis de leur boîte, c'est plus de risques d'erreur L'Ordre des pharmaciens s'interrogeait en 2013 sur la manière de garantir que le bon médicament est remis et tracé. L'économiste de la santé Claude Le Pen pointait le risque de confusion entre des boîtes qui se ressemblent, différenciées par une simple étiquette.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

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