Faut-il retirer le Lyon Antifa Fest du Pass Culture, comme le demande une députée RN ?

· Culture et médias

La députée RN Tiffany Joncour a demandé le 14 octobre à la ministre de la Culture de retirer du Pass Culture le Lyon Antifa Fest, prévu les 10 et 11 décembre à Villeurbanne.

Silhouettes de spectateurs les bras levés devant une scène baignée de lumière verte, dans une salle de concert
Photo Diane Picchiottino, Unsplash (licence Unsplash), Le Trabendo, Paris ; recadrée en 3:4

Le contexte

Deux soirées de concerts à La Rayonne, la salle de Villeurbanne, les 10 et 11 décembre : le Lyon Antifa Fest est proposé sur le Pass Culture, le dispositif financé par l'État qui aide les jeunes à payer des places de spectacle, au prix de 27,50 euros. Le 14 octobre, la députée RN du Rhône Tiffany Joncour a écrit à la ministre de la Culture, Catherine Pégard, pour réclamer « le retrait immédiat du festival » du Pass Culture, l'annulation des réservations déjà passées et la récupération d'éventuels financements publics. Elle a aussi saisi le préfet du Rhône pour qu'il s'oppose à la tenue de l'événement.

Ce que reproche la députée

L'affiche du festival porte le slogan « Libérez les antifas lyonnais ». Tiffany Joncour y voit un soutien aux militants d'ultragauche écroués dans l'enquête sur la mort de Quentin Deranque, battu à mort à Lyon en février : plusieurs d'entre eux sont mis en examen, notamment pour meurtre, violences aggravées et association de malfaiteurs, et placés en détention. La députée accuse aussi le festival de tenir un discours « anti-France » et d'appeler à « casser du flic ». Ni le ministère ni la préfecture n'avaient réagi à la date des articles.

Un festival habitué aux polémiques

L'an dernier déjà, le festival avait été retiré du Pass Culture après une mobilisation d'élus de droite et d'extrême droite ; l'association organisatrice, Culture de Classe, avait vu son espace suspendu. La préfecture avait interdit certains concerts, mais le tribunal administratif de Lyon avait annulé cette décision et l'événement s'était tenu. En 2022, l'édition avait été annulée après la dissolution du Groupe antifasciste Lyon et environs par Gérald Darmanin, et en 2021 Laurent Wauquiez avait supprimé une subvention de 45 000 euros à la salle qui l'accueillait alors.

Les organisateurs présentent le festival comme un hommage à Clément Méric et Pavlos Fyssas, tués par l'extrême droite en 2013. En 2025, leur porte-parole dénonçait « un très mauvais message » et le fait de laisser « l'extrême droite décider de ce qui dépend de la culture ». La Rayonne invoquait de son côté la liberté d'expression artistique et affirmait accueillir le festival chaque année sans problème de violence ni d'insécurité.

Les arguments pour

  • L'argent de l'État ne devrait pas payer des places pour un événement qui affiche son soutien à des détenus mis en examen pour meurtre Le slogan « Libérez les antifas lyonnais » vise, selon la députée, les militants écroués dans l'enquête sur la mort de Quentin Deranque. Le Pass Culture est un financement public : l'État peut choisir ce qu'il subventionne sans interdire pour autant le concert lui-même.
  • Le ministère avait déjà tranché dans ce sens l'an dernier En 2025, le festival avait été retiré du Pass Culture après l'intervention d'élus de droite et d'extrême droite. Le laisser revenir sur la plateforme un an plus tard, avec une affiche plus explicite, reviendrait à se dédire sans explication.

Les arguments contre

  • Trier les concerts éligibles selon leurs opinions politiques revient à faire décider la culture par des élus C'est l'argument des organisateurs, qui dénonçaient en 2025 « un très mauvais message » : laisser des parlementaires désigner les spectacles autorisés sur le Pass Culture ouvre la porte à des retraits à chaque polémique. La salle La Rayonne défend, elle, la liberté d'expression artistique.
  • Aucun trouble constaté et une interdiction déjà annulée par la justice La Rayonne affirme accueillir le festival chaque année sans violence ni insécurité. En 2025, l'interdiction préfectorale de certains concerts a été annulée par le tribunal administratif de Lyon et la soirée s'est tenue normalement. Retirer le festival du Pass Culture sanctionnerait des jeunes spectateurs pour un slogan.
  • Un festival qui se présente comme un hommage à des victimes de l'extrême droite Les organisateurs le placent dans la mémoire de Clément Méric et Pavlos Fyssas, tués en 2013. Juger l'événement sur une affiche, avant même qu'il ait lieu, c'est présumer de son contenu : l'accusation d'appel à « casser du flic » est celle de la députée, pas un constat établi.

Sources

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