LFI porte-t-elle une part de responsabilité dans les violences du 17 octobre ?
· Politique et démocratie
Édouard Philippe et Marine Le Pen ont mis en cause LFI après les violences du 17 octobre ; Mediapart rapporte le témoignage d'un agent du renseignement affirmant qu'on lui a demandé d'écrire que LFI était derrière le mouvement, ce que le ministère de l'Intérieur dément, et LFI annonce saisir la Cour de justice de la République contre Laurent Nuñez.
Le contexte
Dès le dimanche 18 octobre, Édouard Philippe a jugé que « la responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable », décrivant une « ultra-gauche organisée qui veut casser l'ordre républicain et conflictualiser le pays ». Marine Le Pen a présenté LFI et les groupes antifa comme la branche politique et la branche armée d'un même courant, selon LCP. À Limoges, dont la mairie a brûlé, le maire Guillaume Guérin a salué les élus présents « représentant tous les camps républicains, exception faite de ceux de la France insoumise », qu'il juge « largement comptables de ce chaos », et David Lisnard a estimé que « LFI aujourd'hui se comporte en ingénieur du chaos ».
Jean-Luc Mélenchon a renvoyé la faute : « C'est de la faute du gouvernement, il n'y a que lui qui est responsable de tout ça », ajoutant : « Je dis que tout cela était hautement prévisible ». Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a reconnu sur France Inter « en partie un manque d'anticipation sur les forces disponibles » et mis en cause « des militants d'ultragauche qui ont voulu tuer des policiers », avec « 2 400 individus interpellés ». Il a indiqué avoir remis sa démission, que l'Élysée a refusée en invoquant « la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel ».
Ce qu'affirme Mediapart
Mediapart a publié le lundi 19 octobre au soir une enquête intitulée « "On nous demande d'écrire que LFI est derrière le mouvement" : autour du 17 octobre, la fabrique d'un bouc émissaire ». Un agent du renseignement territorial y raconte le moment « quand on nous demande d'écrire texto que c'est LFI qui est derrière le mouvement ». Interrogé par Mediapart, le ministère de l'Intérieur a « démenti avoir donné des consignes en ce sens », rapporte LCP.
La riposte de LFI
Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime sur franceinfo que le gouvernement « cherche à se défausser de ce fiasco en ciblant La France insoumise » et annonce : « Je vais saisir la cour de justice de la République contre le ministre ». Il évoque des « faux documents » et de « l'abus d'autorité » : « ce sont des délits ». Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a déclaré sur Europe 1 : « L'ultra-gauche, ce sont des ennemis de la République », sans que LFI soit nommée dans les propos rapportés par Europe 1.
Les arguments pour
- Un parti qui veut « conflictualiser le pays » prépare le terrain aux débordements, selon Édouard Philippe Pour l'ancien Premier ministre, la responsabilité politique de LFI est « considérable » : il décrit derrière les violences une « ultra-gauche organisée qui veut casser l'ordre républicain et conflictualiser le pays ». Marine Le Pen va plus loin en présentant LFI et les groupes antifa comme la branche politique et la branche armée d'un même courant : à leurs yeux, les mots du parti ont pesé sur la rue.
- À Limoges, le maire et David Lisnard désignent LFI comme comptable du chaos Devant quelque 7 000 habitants selon la mairie, rassemblés après l'incendie de l'hôtel de ville, le maire Guillaume Guérin a exclu les élus insoumis de ses remerciements, les jugeant « largement comptables de ce chaos », et David Lisnard a qualifié LFI d'« ingénieur du chaos ». Pour lui, « les responsabilités sont chez les casseurs, chez ceux qui les agitent » : un parti accusé d'agiter la rue répond, à ce titre, d'une part des dégâts.
Les arguments contre
- Si le renseignement a reçu l'ordre d'écrire que LFI était derrière le mouvement, l'accusation est fabriquée Selon Mediapart, un agent du renseignement territorial affirme qu'on lui a demandé d'écrire « texto » que LFI était derrière le mouvement. Le ministère dément, mais LFI annonce une saisine de la Cour de justice de la République contre le ministre pour faux documents et abus d'autorité, en parlant de délits.
- Le ministre de l'Intérieur reconnaît lui-même une perte de contrôle et un manque d'anticipation Laurent Nuñez a admis que les forces de l'ordre avaient perdu le contrôle dans certaines grandes villes, avec, « en partie », un manque d'anticipation sur les forces disponibles, au point de remettre sa démission. Il met en cause « des militants d'ultragauche qui ont voulu tuer des policiers », et Gérald Darmanin vise lui aussi l'ultragauche sans nommer LFI dans les propos rapportés. Chercher un parti responsable détourne le regard de l'organisation du maintien de l'ordre.
Sources
- Violences du 17 octobre : Marine Le Pen et Édouard Philippe accusent LFI, Jean-Luc Mélenchon charge le gouvernement, LCP (2026)
- 17 octobre : LFI accuse le gouvernement de « manipuler les services de renseignement » après la publication d'un article de Mediapart, LCP (2026)
- 17 octobre : LFI veut attaquer le ministre de l'Intérieur en justice après des révélations de Mediapart : « Ce sont des délits », Paris Match Belgique (2026)
- Mobilisations du 17 octobre : le ministre de l'Intérieur reconnaît « un manque d'anticipation » et a proposé sa démission, LCP (2026)
- Limoges : des milliers de personnes rassemblées après l'incendie de la mairie, Lisnard cible LFI, Sud Radio (2026)
- « Ce sont des ennemis de la République » : Gérald Darmanin pointe du doigt le rôle de l'ultragauche dans les violences urbaines, Europe 1 (2026)
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