Approuvez-vous le label « 100 % humain » pour les livres ?
· Culture et médias
Consonno, premier roman du label sans IA générative Sanctuaire, est paru le 1er octobre.
Le contexte
Les éditions de l’Observatoire ont lancé Sanctuaire, un label de livres présentés comme « 100 % humains ». Son premier roman, Consonno de Gaspard Koenig, est paru le 1er octobre 2026. Le label concerne les ouvrages que cette maison choisit de publier sous ce nom ; il ne s’agit pas d’une obligation légale imposée à tous les éditeurs.
Dans un entretien à Livres Hebdo publié le 24 septembre, Emma Saudin, directrice de la fiction, décrit un engagement de l’auteur inscrit au contrat. Il exclut l’IA générative de la réflexion sur les idées, de la construction du plan, de l’écriture et du travail du style. Le périmètre dépasse donc la seule interdiction de publier des pages produites automatiquement.
Cette démarche repose sur la parole donnée par l’auteur. L’éditrice évoque d’abord un pacte moral, puis sa traduction contractuelle. L’article ne décrit pas un examen technique indépendant qui permettrait de certifier l’absence de toute assistance. Il faut distinguer un engagement éditorial d’une preuve obtenue en analysant chaque phrase.
Le 2 octobre, la philosophe Monique Canto-Sperber défend dans Le Monde l’information du lecteur sur la nature d’un texte rédigé par une IA. Sa position ne se confond pas avec la règle de Sanctuaire : elle distingue la production du texte des échanges préparatoires avec un outil. Un lecteur peut vouloir savoir si les phrases qu’il lit viennent d’un auteur sans demander que celui-ci ait travaillé sans aucune aide numérique.
Une autre conception de l’écriture accepte la machine comme partenaire de travail. Dans une tribune du 24 septembre, l’écrivain Sébastien Bailly défend le droit d’expérimenter avec l’IA : choisir, retravailler et assumer un texte restent, selon lui, des actes d’auteur. Le choix proposé est d’approuver ou de désapprouver un label qui valorise l’absence d’IA générative jusque dans la préparation du livre, avec les limites de vérification de cet engagement.
Les arguments pour
- Le lecteur peut choisir un livre issu d’un travail sans IA générative La façon dont une œuvre a été créée peut compter dans l’achat, au-delà de la qualité des phrases. Le label rend visible l’engagement de l’auteur à ne pas recourir à l’IA générative dans la préparation et la rédaction. Il répond à cette préférence du lecteur, sans prétendre mesurer la valeur littéraire du livre.
Les arguments contre
- Un écrivain peut garder ses choix créatifs en travaillant avec une IA Sébastien Bailly défend l’expérimentation avec une machine et la responsabilité de l’auteur qui choisit et retravaille le résultat. Dans cette conception, exclure toute assistance générative dès la préparation peut écarter des œuvres dont les décisions artistiques restent assumées par un écrivain. C’est une position sur la création, pas une preuve que tous les usages se valent.
- La promesse de l’auteur ne certifie pas l’absence d’assistance Livres Hebdo décrit un pacte moral traduit en engagement contractuel, sans présenter de contrôle indépendant. Le lecteur doit donc faire confiance à une déclaration dont il ne peut vérifier lui-même le respect. On peut désapprouver la force du terme « 100 % » pour cette raison, sans accuser les auteurs de mentir.
Sources
- L’Observatoire lance Sanctuaire, son label de livres « 100 % humains », Livres Hebdo (2026)
- Consonno : fiche du roman et date de parution, Éditions de l’Observatoire (2026)
- Monique Canto-Sperber : informer le lecteur lorsqu’un livre est écrit par une IA, Le Monde (2026)
- Sébastien Bailly défend le droit d’un écrivain à travailler avec une machine, Le Monde (2026)
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