Un litige de brevet doit-il pouvoir bloquer en France la version rapide d’un anticancéreux ?

· Santé

Un tribunal néerlandais interdit à Merck de vendre en France et dans sept autres pays la version injectable sous la peau de l’anticancéreux Keytruda.

Poche de perfusion suspendue à un pied à sérum métallique, sur fond bleu-vert.
Photo : Marcelo Leal / Unsplash, licence Unsplash (recadrage 3:4)

Le contexte

Pour un patient traité par Keytruda, l’anticancéreux le plus vendu au monde, une séance à l’hôpital dure environ 30 minutes de perfusion. Sa version sous-cutanée s’injecte sous la peau en quelques instants. Elle ne pourra pas être commercialisée en France pour l’instant.

Un tribunal néerlandais spécialisé dans les brevets, à La Haye, a ordonné à la filiale du laboratoire américain Merck de cesser de fabriquer, vendre ou stocker cette version dans huit pays : France, Belgique, Pays-Bas, Irlande, Italie, Suède, Danemark et Suisse. La décision, rendue publique le 7 octobre, donne raison à la biotech américaine Halozyme : le tribunal a jugé valide son brevet sur une technologie d’injection et estimé que Merck l’avait violé. En Allemagne, une décision provisoire bloquait déjà ce lancement depuis décembre 2025.

Ce qui change pour les malades

La perfusion classique reste autorisée : aucun traitement n’est retiré. Mais les services d’oncologie comptaient sur l’injection rapide pour libérer des fauteuils en hôpital de jour et alléger la charge des soignants.

Merck conteste et juge le brevet d’Halozyme invalide ; une longue bataille judiciaire s’annonce, avec des recours en Europe et une autre procédure aux États-Unis. Selon Presse-citron, le laboratoire veut faire passer une grande partie des patients vers la version sous-cutanée, protégée par des brevets plus récents, avant l’expiration de ceux de la perfusion à la fin de la décennie et l’arrivée de copies moins chères.

Les arguments pour

  • Un laboratoire ne doit pas pouvoir utiliser l’invention d’un autre sans son accord Le tribunal a jugé le brevet d’Halozyme valide et violé par Merck. Si un grand groupe pouvait passer outre au motif que son produit est utile, les petites entreprises qui inventent ces technologies auraient moins de raisons d’investir dans la recherche.
  • Les malades gardent accès au même médicament, en perfusion L’injonction ne vise que la version sous-cutanée : la perfusion de Keytruda reste disponible et aucun traitement n’est retiré. Ce qui est perdu, c’est un gain de temps et de confort, pas l’accès à la molécule.
  • Bloquer cette version peut accélérer l’arrivée de copies moins chères Selon Presse-citron, Merck veut basculer ses patients vers une forme protégée par des brevets plus récents avant l’expiration de ceux de la perfusion. Plus de malades restés sous perfusion, c’est un marché plus vite ouvert aux copies moins coûteuses pour l’Assurance maladie.

Les arguments contre

  • Les hôpitaux de jour restent engorgés par des perfusions évitables Une injection de quelques instants à la place d’une perfusion d’environ 30 minutes libère des fauteuils et du temps infirmier. Les services d’oncologie comptaient sur ce gain pour soigner plus de patients avec les mêmes moyens.
  • Les patients paient le prix d’une querelle commerciale entre deux laboratoires Le conflit oppose Halozyme et Merck sur une technologie d’injection et va durer : Merck prépare des recours et une autre procédure est en cours aux États-Unis. Pendant ce temps, les malades de huit pays sont privés d’un traitement plus simple qui existe déjà.

Sources

Sondage clos le .

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