Les jeux vidéo doivent-ils afficher en euros le prix de leurs gemmes et autres monnaies virtuelles ?
· Sciences et numérique
Les autorités européennes de protection des consommateurs ont lancé des actions contre neuf éditeurs, dont ceux de Candy Crush, Minecraft et Clash of Clans, au sujet de leurs monnaies virtuelles.
Le contexte
Dans beaucoup de jeux sur téléphone ou sur console, le joueur ne paie pas directement un objet. Il achète d'abord une monnaie virtuelle, vendue par lots, qu'il dépense ensuite dans le jeu. En 2024, l'UFC-Que Choisir et la CLCV avaient porté plainte contre sept éditeurs en citant Fortnite, où un pack de 1 000 V-bucks était nécessaire pour un objet affiché à 400.
Le 30 septembre, le réseau européen des autorités de protection des consommateurs (CPC) a ouvert des actions contre neuf éditeurs. Sont visés Minecraft, Candy Crush Saga, Valorant, Clash of Clans, For Honor, Hunt: Showdown 1896, Forge of Empires, Mech Arena et Gardenscapes. Activision Blizzard fait l'objet d'un examen séparé pour Diablo Immortal et Call of Duty Mobile.
Ce que demandent les autorités
Le réseau CPC demande d'afficher le prix réel en euros des objets et des monnaies, d'abandonner les monnaies multiples et les taux de change internes, et de ne plus obliger un joueur à acheter plus de monnaie qu'il n'en a besoin. Il rappelle le droit de rétractation de 14 jours, y compris pour la monnaie non dépensée, et réclame une meilleure protection des enfants : contrôle parental efficace, réglages protecteurs par défaut, interdiction de les inciter directement à acheter ou à convaincre leurs parents.
Des principes communs avaient déjà été adoptés début 2025, sans force contraignante. Les discussions avec l'industrie n'ayant pas donné satisfaction, selon le Journal du Geek, le réseau a décidé d'examiner ces neuf jeux de plus près.
Ce que répondent les éditeurs
Video Games Europe, qui représente les éditeurs, et l'EGDF, qui fédère les studios, rejettent ces reproches. Ils refusent que les monnaies de jeu soient rangées parmi les « représentations numériques de valeur », comme les cryptomonnaies. Ils proposent toutefois six engagements, dont le remboursement sous 48 heures des monnaies inutilisées, applicables une fois l'incertitude juridique levée. Aucune sanction n'a été prononcée : seules les autorités nationales peuvent en décider.
Les arguments pour
- Le joueur saurait combien coûte réellement un objet Quand les lots de monnaie ne correspondent pas aux prix des objets, il faut souvent payer plus que nécessaire : dans Fortnite, un pack de 1 000 V-bucks était requis pour un objet à 400, selon la plainte des associations de consommateurs. Un prix affiché en euros permet de comparer et de savoir ce qu'on dépense avant de payer.
- Les enfants verraient mieux ce qu'ils dépensent Le réseau CPC demande des contrôles parentaux efficaces et l'interdiction d'inciter directement les enfants à acheter ou à convaincre leurs parents. Une monnaie virtuelle éloigne la dépense de l'argent réel, surtout pour un jeune joueur : un montant en euros la rend visible pour lui comme pour ses parents.
- Les règles volontaires n'ont pas suffi Les principes adoptés par le réseau CPC après la plainte de 2024 n'avaient « pas de force juridique contraignante », regrettait l'UFC-Que Choisir en mars 2025. Les discussions avec l'industrie n'ayant pas convaincu, les autorités passent à des actions ciblées.
Les arguments contre
- Une monnaie de jeu n'est pas une cryptomonnaie Video Games Europe et l'EGDF refusent que les monnaies de jeu soient classées comme des « représentations numériques de valeur », à l'image des cryptomonnaies. Ils réclament depuis le printemps 2025 la base juridique de ce classement, sans réponse selon eux. Imposer des obligations sur un fondement contesté expose les studios à des litiges.
- Les éditeurs proposent déjà des garanties aux joueurs L'industrie s'engage notamment à rembourser sous 48 heures les monnaies inutilisées, même quand le joueur a renoncé à son droit de rétractation, et à prévenir 30 jours avant de retirer un contenu payant. Ces engagements, conditionnés à une clarification juridique, montrent qu'un accord reste possible sans nouvelle contrainte.
Sources
- Bruxelles veut savoir ce qui se cache derrière les gemmes des jeux vidéo, Journal du Geek (2026)
- L'Europe enquête sur les monnaies virtuelles de neuf jeux vidéo, Clubic (2026)
Sondage clos le .