Faut-il interdire les perturbateurs endocriniens dans les produits de consommation, sauf usage jugé essentiel ?
· Santé
Un rapport parlementaire publié le 21 octobre, qui rappelle que la France est deuxième au monde pour l'incidence du cancer du sein, propose d'interdire les perturbateurs endocriniens dans les produits de consommation, sauf usage jugé essentiel.
Le contexte
En 2024, selon le Centre international de recherche sur le cancer, la France a compté 103,4 cas de cancer du sein pour 100 000 femmes, juste derrière l'Australie (103,5). Le constat figure dans un rapport d'information sur la santé des femmes rendu public le 21 octobre par les députées Sandrine Rousseau (Écologiste et social) et Prisca Thévenot (Ensemble pour la République).
La mortalité y est aussi supérieure aux moyennes mondiale et européenne. Le dépistage n'explique pas cet écart : les Françaises de moins de 50 ans, qui ne sont pas concernées par le dépistage automatique, ont pourtant le taux d'incidence le plus élevé d'Europe. Selon le rapport, l'alcool, le tabac et le surpoids ne suffisent pas non plus à l'expliquer. « Personne ne sait comment l'expliquer, c'est bien là le problème », résume le docteur Jérôme Barrière, de la Société française du cancer.
Ce que proposent les deux députées
Le rapport demande un vaste programme de recherche sur les causes de cette surincidence, centré sur les facteurs environnementaux, notamment les perturbateurs endocriniens et les pesticides. Il propose aussi d'étiqueter obligatoirement la présence de perturbateurs endocriniens et d'interdire leur usage dans les produits de consommation et les bâtiments publics, sauf usage jugé essentiel pour la société.
En 2019, le gouvernement avait présenté une deuxième stratégie nationale pour réduire l'exposition de la population à ces substances. Il y annonçait vouloir demander la révision, au niveau européen, des règles sur les objets du quotidien, notamment les cosmétiques et les jouets, et citait l'étude Esteban, qui montre une imprégnation de la population française par des contaminants organiques.
Les arguments pour
- Les causes habituelles n'expliquent pas l'excès de cancers du sein en France, et les perturbateurs endocriniens sont une piste Avec 103,4 cas pour 100 000 femmes, la France est deuxième au monde, et ni le dépistage, ni l'alcool, ni le tabac, ni le surpoids ne suffisent à l'expliquer selon le rapport. Cité dans le rapport, le docteur Emmanuel Ricard, porte-parole de la Ligue contre le cancer, observe que la courbe des cancers du sein et celle de l'exposition aux perturbateurs endocriniens « semblent se suivre ». Le rapport propose donc, en parallèle de la recherche, d'interdire ces substances dans les produits de consommation.
- La population française est déjà imprégnée de perturbateurs endocriniens L'étude Esteban, citée par le gouvernement dès 2019, montre une imprégnation de la population française, avec des niveaux plus élevés chez les enfants que chez les adultes. Une interdiction protégerait aussi les enfants, sans dépendre de la lecture des étiquettes.
Les arguments contre
- Le lien avec le cancer du sein n'est pas encore démontré Selon le rapport, l'explication de la surincidence française reste « à chercher », et il réclame un vaste programme de recherche sur ses causes. Interdire avant d'avoir identifié les substances en cause risque de viser à côté.
- Une interdiction efficace dépend de règles européennes que la France ne fixe pas seule Les cosmétiques et les jouets relèvent de règlements européens : en 2019, la France devait déjà demander à la Commission de les réviser. Une interdiction purement nationale sur ces produits se heurterait à ce cadre commun.
Sources
- Cancer du sein : la France est le deuxième pays le plus exposé au monde et on ne sait pas pourquoi, pointe un rapport parlementaire, LCP (2026)
- Perturbateurs endocriniens : le Gouvernement présente une deuxième stratégie nationale, Santé.fr (ministère chargé de la Santé) (2019)
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