Faut-il interdire le chalutage de fond dans les aires marines protégées françaises ?

· Environnement et énergie

Une étude publiée le 14 octobre dans Science Advances conclut que l'effort de pêche a augmenté dans 58 % des aires marines protégées étudiées depuis leur création.

Un chalutier vert avec ses mâts et ses treuils, en mer sous un ciel bleu
Photo Paul Einerhand, Unsplash (licence Unsplash), lieu non précisé ; recadrée en 3:4

Le contexte

Des chercheurs ont croisé les données de suivi des navires de pêche de Global Fishing Watch avec la carte de 861 aires marines protégées dans le monde, entre 2012 et 2024. Leur étude, publiée dans Science Advances, conclut que l'effort de pêche a augmenté dans 58 % d'entre elles depuis leur création et diminué dans 40 %. Les zones en protection intégrale, où la pêche est interdite, font exception, mais elles ont été installées là où la pêche industrielle était déjà très faible.

Pour Joachim Claudet, chercheur au CNRS et coauteur, la plupart des aires marines protégées ont des niveaux de protection très bas, et la pêche industrielle s'y pratique toujours. L'étude est parue à l'approche de la COP17 sur la biodiversité, qui se tient en Arménie du 19 au 30 octobre.

Le projet européen de 2023

Le chalutage de fond consiste à traîner de lourds filets sur le fond marin. Fin février 2023, la Commission européenne a proposé de l'interdire dans les aires marines protégées d'ici 2030. Le 8 mars 2023, Hervé Berville, secrétaire d'État chargé de la Mer, s'y est opposé, estimant que cette interdiction serait « une folie pour la souveraineté alimentaire de notre pays ». Selon le comité national des pêches, la mesure aurait fait disparaître près d'un tiers de la flotte. Après une forte mobilisation des pêcheurs et du gouvernement français, la Commission a renoncé à ce projet le 2 avril 2023.

À l'époque, les aires marines protégées couvraient officiellement 43,5 % de la zone économique exclusive de la France métropolitaine, dont 0,03 % en protection stricte, selon une étude de 2021 citée par Reporterre. Selon un rapport de l'association Bloom, 47 % de la pêche industrielle y avait lieu.

Les arguments pour

  • Des aires protégées qui ne protègent guère de la pêche Sur 861 aires marines protégées dans le monde, l'étude a mesuré une hausse de l'effort de pêche dans la majorité d'entre elles. Pour Joachim Claudet, coauteur, la plupart ont des niveaux de protection extrêmement bas.
  • Le chalut de fond abîme les fonds que ces zones doivent préserver Pour Nicolas Fournier, de l'ONG Oceana, ce type de pêche, qui racle le fond sans distinguer les espèces, est incompatible avec une aire marine protégée. Selon Reporterre, qui y voit un consensus scientifique, seules les aires préservées des activités industrielles ont des effets réellement bénéfiques pour la biodiversité.

Les arguments contre

  • Un tiers de la flotte menacé de disparition, selon les pêcheurs Selon le comité national des pêches, l'interdiction proposée par la Commission européenne en 2023 aurait fait disparaître près d'un tiers de la flotte.
  • Une menace pour la souveraineté alimentaire du pays Hervé Berville, secrétaire d'État chargé de la Mer, estimait en mars 2023 que l'interdiction serait « une folie pour la souveraineté alimentaire de notre pays ».
  • Les pêcheurs ont déjà fait des efforts pour reconstituer les stocks En mars 2023, Hervé Berville, secrétaire d'État chargé de la Mer, estimait qu'une interdiction ignorerait les efforts consentis par les pêcheurs pour reconstituer les stocks.

Sources

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