Faut-il interdire les LBD et les grenades lors des manifestations de lycéens ?
· Justice et sécurité
Le PS veut interdire par la loi les LBD et les grenades face aux lycéens, après la suspension provisoire des grenades assourdissantes annoncée le 7 octobre par le ministre de l’Intérieur.
Le contexte
Depuis fin septembre, des lycéens bloquent leurs établissements dans toute la France pour réclamer des professeurs remplacés, des classes moins chargées et des bâtiments rénovés. Selon Amnesty International, le mouvement est parti d’un lycée de Créteil le 21 septembre. Les heurts avec les forces de l’ordre se sont multipliés : 6 547 interpellations au 7 octobre, selon le décompte rapporté par Public Sénat.
Lundi 5 octobre à Lens, un adolescent de 15 ans a eu la main gauche arrachée par une grenade. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué qu’il avait ramassé une grenade de désencerclement ; les circonstances exactes restent à établir. Amnesty International recense d’autres blessures graves chez des mineurs, dont un élève de 16 ans qui a perdu l’usage d’un œil à Tours, une blessure attribuée à un tir de LBD, et un garçon de 14 ans touché à la mâchoire par une grenade lacrymogène dans le Val-d’Oise.
Ce qui a déjà changé
Le 7 octobre, Laurent Nuñez a annoncé la suspension provisoire des grenades assourdissantes pour la police et la gendarmerie, « uniquement » pour le mouvement lycéen et « le temps de comprendre ce qu’il s’est passé ». Les lanceurs de balles de défense (LBD) restent autorisés ; leur usage est plus strictement encadré depuis les manifestations des Gilets jaunes. Dix-huit enquêtes de l’IGPN ont été ouvertes depuis le début du mouvement.
Ce que propose le PS
Le 6 octobre, le groupe socialiste de l’Assemblée a annoncé une proposition de loi pour interdire les « armes mutilantes » et les « techniques d’immobilisation létale » lors des manifestations lycéennes. Selon Boris Vallaud, le texte viserait les grenades de désencerclement et les LBD dans les cortèges composés majoritairement de mineurs. Il affirme que ni l’Allemagne ni d’autres pays de l’Union n’utilisent ces moyens face à des mineurs. La France insoumise réclame aussi une interdiction. Le texte n’a pas encore été examiné.
Ce que répond le gouvernement
Laurent Nuñez assure que les interventions se font « avec la plus grande proportionnalité ». Sur France Inter, il a distingué le maintien de l’ordre des violences urbaines, où les forces de l’ordre doivent selon lui pouvoir recourir aux armes intermédiaires : « À partir du moment où vous basculez en violences urbaines, vous n’êtes plus dans le maintien de l’ordre. » Maire-info faisait état le 6 octobre de 215 élèves blessés et de 715 blessés parmi les policiers et gendarmes.
Les arguments pour
- Des adolescents de 14 à 16 ans gardent déjà des blessures durables Amnesty International recense depuis fin septembre une main arrachée à Lens, un œil perdu à Tours et une mâchoire gravement touchée dans le Val-d’Oise, chez des jeunes de 14 à 16 ans. Les enquêtes de l’IGPN, ouvertes après coup, ne reviennent pas sur ces séquelles. Interdire les armes en cause agirait avant la blessure.
- Un lycéen peut ignorer qu’une grenade tombée au sol reste dangereuse Selon Laurent Nuñez, l’adolescent de Lens a eu la main arrachée après avoir ramassé une grenade de désencerclement. Un manifestant de 15 ans n’a pas l’expérience des cortèges ni la formation qui permettent d’identifier un engin encore actif. Dans une foule de mineurs, une arme dont la sécurité dépend de la prudence de ceux qui l’entourent expose davantage.
- D’autres pays européens encadrent les mineurs sans ces armes, selon le PS Boris Vallaud affirme que ni l’Allemagne ni d’autres pays de l’Union n’emploient LBD et grenades face à des mineurs. Si ces voisins gèrent des cortèges de jeunes sans elles, leur usage en France relève d’un choix de doctrine plutôt que d’une nécessité. Cette comparaison n’est pas détaillée dans la présentation du texte et reste à vérifier pays par pays.
Les arguments contre
- Les forces de l’ordre auraient moins de moyens quand un cortège bascule dans la violence Laurent Nuñez distingue le maintien de l’ordre des violences urbaines, où les policiers doivent selon lui pouvoir utiliser LBD et grenades. Plus de 700 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement. Retirer LBD et grenades réduirait leurs options pour tenir à distance un groupe violent ou le disperser, au moment où les blessés se multiplient aussi dans leurs rangs.
- Un cortège « majoritairement mineur » se reconnaît mal sur le terrain Le texte annoncé viserait les manifestations composées majoritairement de mineurs. Or des parents et des élus rejoignent désormais les cortèges lycéens. Les policiers devraient estimer l’âge d’une foule avant de choisir leurs moyens, au moment précis où la situation se tend, avec un risque de contestation après chaque intervention.
- L’État peut déjà retirer une arme en quelques jours sans figer la règle La suspension des grenades assourdissantes, annoncée deux jours après le drame de Lens, montre que le ministère peut retirer un équipement le temps d’une enquête. Une loi s’appliquerait à toutes les situations futures, y compris celles où ces armes seraient jugées nécessaires, et ne pourrait être modifiée que par un nouveau vote.
Sources
- Mobilisation lycéenne : les députés PS veulent interdire certaines armes et techniques policières à l’encontre des lycéens, LCP (2026)
- Blocus des lycées : dix-huit enquêtes IGPN ouvertes, l’usage des grenades assourdissantes suspendu, Public Sénat (2026)
- Mouvement lycéen : le gouvernement appelle à une manifestation « pacifique », sur fond de débat sur les « armes mutilantes », Maire-info (2026)
- Violences urbaines : Laurent Nuñez défend l’usage des armes intermédiaires dans un cadre « proportionné », Le JDD (2026)
- Mouvement lycéen : des mineurs face à la répression des forces de l’ordre, Amnesty International France (2026)
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