Les pilotes d'Air Corsica ont-ils raison de faire grève pour leurs salaires ?

· Travail et protection sociale

Les pilotes d'Air Corsica sont en grève du 9 au 16 octobre pour obtenir des hausses de salaire, une première dans l'histoire de la compagnie.

Aile d'un avion de ligne au-dessus d'une mer de nuages, vue depuis un hublot.
Benoît Deschasaux / Unsplash (licence Unsplash), photo d'illustration, recadrage 3:4

Le contexte

Vendredi 9 octobre, neuf vols sur 33 au départ d'Ajaccio, Bastia, Figari et Calvi ont été annulés, ainsi que huit à l'arrivée. Les syndicats SNPL et SPAC, qui représentent les 140 pilotes d'Air Corsica, appellent à la grève jusqu'au 16 octobre. C'est la première de l'histoire de la compagnie, créée en 1990 et détenue à 66,8 % par la Collectivité de Corse.

Les pilotes rappellent avoir accepté deux ans de gel des salaires et la suppression de jours de congés. Ils réclament un compromis sur les salaires et le retour de ces jours. Ils disent avoir proposé, pour tenir compte des difficultés de l'entreprise, un accord sur quatre ans dont l'application serait différée. « La véritable question n'est pas de savoir combien les pilotes réclament, mais combien ils ont déjà perdu », affirment leurs syndicats.

Ce que répond la direction

Le président du directoire, Pierre Muracciole, met en avant une hausse de « plusieurs milliers d'euros » par pilote, versée en deux étapes en 2027. Il assure être allé « aussi loin que la situation de la compagnie » le permettait. Les syndicats répondent que cette proposition bloquerait la progression des salaires liée à l'ancienneté.

Cinq des sept ATR 72-600 de la compagnie sont immobilisés depuis septembre, après des odeurs signalées dans les cockpits. Pour assurer ses vols, Air Corsica affrète des avions d'autres compagnies, pour plus d'un million d'euros par mois.

Marie-Hélène Casanova-Servas, présidente du conseil de surveillance et représentante de la Collectivité de Corse, juge certaines revendications légitimes. Elle place toutefois en priorité la sauvegarde de l'entreprise et du service public aérien, et rappelle que des passagers doivent se rendre sur le continent pour se soigner.

Les arguments pour

  • Les pilotes ont déjà payé pour la compagnie Ils ont accepté deux années de gel des salaires et la suppression de jours de congés, pendant que l'inflation réduisait leur pouvoir d'achat. Leur demande vise d'abord à rattraper ces pertes et à récupérer les congés perdus.
  • La hausse proposée arrive tard et freinerait l'ancienneté La direction propose une augmentation versée en deux étapes en 2027 seulement. Selon les syndicats, elle bloquerait aussi la progression salariale liée à l'ancienneté, et la direction a écarté leur contre-proposition d'accord sur quatre ans à application différée.

Les arguments contre

  • La compagnie paie déjà cher ses avions cloués au sol Avec cinq ATR sur sept immobilisés, Air Corsica affrète des appareils pour plus d'un million d'euros par mois, et ces locations pourraient représenter environ deux millions d'euros de charges supplémentaires. Une grève ajoute des coûts à une entreprise publique déjà sous pression.
  • Les passagers corses, qui dépendent de l'avion, paient la note Dès le premier jour, 17 vols ont été annulés entre les départs et les arrivées. La présidente du conseil de surveillance rappelle que certains passagers doivent rejoindre le continent pour des soins, et la direction a déjà mis une hausse de plusieurs milliers d'euros par pilote sur la table.

Sources

Sondage clos le .

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