Le gouverneur de la Banque de France doit-il démissionner après ses propos sur l'adoption d'un budget sans majorité ?
· Politique et démocratie
Le RN a demandé le 15 octobre la démission d'Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, qui avait rappelé la veille que la Constitution permet d'adopter un budget sans majorité parlementaire.
Le contexte
Le mercredi 14 octobre, à Bangkok, lors des assemblées annuelles du FMI, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a appelé les responsables politiques français à prendre leurs responsabilités pour qu'un budget soit adopté, rapporte LCP. Il a rappelé que la Constitution contient des dispositions permettant d'adopter un budget sans majorité parlementaire. LCP y voit une allusion à l'article 49.3 ou aux ordonnances prévues par l'article 47.
Dès le mercredi, Jean-Luc Mélenchon l'a qualifié de « commis de Macron » et a demandé à Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, de le rappeler à l'ordre, rapporte Le Club des juristes. Le lendemain, le Rassemblement national a demandé sa démission. Le député Jean-Philippe Tanguy estime que le gouverneur a « franchi la ligne rouge » et qu'il « se comporte toujours comme un macroniste », selon LCP. Il vise aussi Amélie de Montchalin, à la tête de la Cour des comptes, et Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, dont Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient déjà réclamé la démission, selon LCP et Le Club des juristes.
Emmanuel Moulin a été secrétaire général de l'Élysée d'avril 2025 à mai 2026, avant d'être proposé par Emmanuel Macron pour diriger la Banque de France, selon Public Sénat. Lorsque sa candidature a été proposée, en mai 2026, Éric Coquerel (LFI), président de la commission des finances de l'Assemblée, avait évoqué des « risques évidents en termes de neutralité ».
Le budget 2027, en débat à l'Assemblée, vise un déficit public de 5 % du PIB l'an prochain. Sans majorité et à quelques mois de la présidentielle, son adoption par un vote paraît de moins en moins probable, selon LCP.
Les arguments pour
- Le gouverneur de la Banque de France, censé être neutre, n'a pas à peser sur la façon d'adopter le budget Pour Jean-Philippe Tanguy, des responsables qui devraient être neutres, comme le gouverneur de la Banque de France, se montrent trop politiques, rapporte LCP. Évoquer l'adoption d'un budget sans majorité revient à prendre parti dans un débat qui appartient au Parlement.
- Son passage à l'Élysée fait douter de sa neutralité Il dirigeait le secrétariat général de l'Élysée jusqu'en mai 2026. Lorsque Emmanuel Macron l'a proposé, Éric Coquerel (LFI) a évoqué des « risques évidents en termes de neutralité » et le sénateur socialiste Patrick Kanner a jugé que ce choix « le positionne sur un échiquier politique », selon Public Sénat.
Les arguments contre
- Il n'a fait que rappeler ce que permet la Constitution Le gouverneur a rappelé que la Constitution contient des dispositions permettant d'adopter un budget même sans majorité au Parlement, selon LCP, qui y voit une allusion à l'article 49.3 ou aux ordonnances de l'article 47. Énoncer une règle en vigueur n'est pas une prise de position partisane.
- Appeler à l'adoption d'un budget relève de son rôle face au déficit Le gouverneur a appelé les responsables politiques français à prendre leurs responsabilités pour qu'un budget soit adopté, rapporte LCP. Le même jour, à Bangkok, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a jugé qu'il faudrait du temps pour ramener le déficit et la dette de la France à des niveaux susceptibles d'inspirer confiance.
Sources
- « Il faut qu'il parte » : le Rassemblement national demande la démission du gouverneur de la Banque de France, LCP (2026)
- Le RN demande la démission du gouverneur de la Banque de France, Le Club des juristes (2026)
- « Cela a énervé certains de nos collègues » : promis à la Banque de France, Emmanuel Moulin face au risque d'une coalition de mécontents, Public Sénat (2026)
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