Les gilets jaunes ont-ils raison de rejoindre les lycéens dans la rue ce samedi 17 octobre ?
· Société
Figures des gilets jaunes, organisations lycéennes, Solidaires et une partie de la CGT appellent à manifester et à bloquer ensemble le samedi 17 octobre, sous la bannière « Jaunes et jeunes ».
Le contexte
La date circulait depuis des semaines sur Facebook, TikTok et Instagram, relayée par des comptes souvent impossibles à identifier, parfois par des messages générés par intelligence artificielle qui mêlaient prix de l'essence et souvenir des ronds-points. Le mouvement lycéen l'a ensuite reprise à son compte. Résultat : samedi 17 octobre, un appel commun baptisé « Jaunes et jeunes » réunit des figures des gilets jaunes comme François Boulo, Jérôme Rodrigues, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle, les principales organisations de jeunesse mobilisées depuis la mi-septembre contre Parcoursup, les organisateurs des marches pour le climat du 26 septembre, la Confédération paysanne, l'intersyndicale des VTC et Solidaires. La CGT participera « partout où les conditions seront réunies » ; la CFDT et FO n'appellent pas.
Ce qui est prévu
Au programme : des manifestations dans plusieurs villes, dont un cortège déclaré à Paris, mais aussi des blocages de ronds-points, de ponts, de stations-service, de péages, de gares, de raffineries et de dépôts pétroliers. Jeudi, une carte collaborative recensait plus de 1 000 actions ; une source proche du ministre de l'Intérieur en comptait 250. Les revendications vont du coût de la vie et des carburants au gel des allocations et des salaires des fonctionnaires prévu dans le budget, en passant par la répression policière, les fermetures de services publics et le manque de professeurs. L'Union syndicale lycéenne, elle, maintient ses deux demandes : la suppression de Parcoursup et un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées. « On aura notre place le 17 octobre, il va y avoir une véritable convergence des luttes », promet Marius Mesnil.
Un mouvement lycéen qui s'essouffle ?
Mardi 13 octobre, l'acte V du mouvement lycéen a rassemblé 480 000 personnes selon l'intersyndicale. Le ministre de l'Éducation parle pourtant de « décrue » : environ 200 établissements fermés, contre près de 500 au plus fort. Des lycéens interrogés par Public Sénat hésitent, fatigués par trois semaines de blocus ou inquiets des affrontements avec la police, d'autant que des messages annoncent une manifestation « dangereuse ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu redoute des violences, et le ministère de l'Intérieur prévient que les blocages d'axes majeurs ne seront pas tolérés. Jean-Luc Mélenchon y voit au contraire l'expression d'une « exaspération aiguë » de nombreux secteurs. Le chercheur Paolo Stuppia estime que la « poly-crise » ressentie par les jeunes peut justifier la jonction avec les gilets jaunes, et que la réponse policière les rapproche encore.
Les arguments pour
- Carburants, allocations gelées, lycées sans profs : ce sont les mêmes familles qui encaissent tout La liste des revendications du 17 octobre va du prix du plein au gel des allocations et des salaires des fonctionnaires prévu au budget, jusqu'au manque de professeurs. Pour le chercheur Paolo Stuppia, la « poly-crise » ressentie par les jeunes justifie une jonction avec les gilets jaunes. Un parent qui peine à faire le plein et un lycéen sans prof de maths ne défendent pas des causes différentes, ils vivent dans le même foyer.
- Seuls, les lycéens s'essoufflent : des adultes dans la rue donnent du poids à leurs demandes Le ministre de l'Éducation parle de « décrue », avec environ 200 établissements fermés contre 500 au plus fort, et des lycéens disent eux-mêmes leur fatigue après trois semaines de blocus. Les organisations lycéennes n'ont obtenu ni la fin de Parcoursup ni leur plan de 10 milliards. L'appui de salariés, de paysans et de retraités peut peser davantage sur le gouvernement que des cortèges d'adolescents pendant les vacances.
Les arguments contre
- Une date née sur les réseaux, sans organisateur identifié : la recette des débordements Aucune organisation n'a lancé le 17 octobre : la date vient de comptes anonymes, parfois de messages générés par IA, avant que le mouvement lycéen la reprenne. Les actions annoncées visent raffineries, péages et gares, que le ministère de l'Intérieur promet de ne pas laisser bloquer, et le Premier ministre redoute des violences. Des lycéennes renoncent déjà par peur des heurts. Mettre des mineurs au milieu de ce dispositif, c'est les exposer.
- Mélanger carburants, Parcoursup et critique du capitalisme, c'est noyer ce que demandent les lycéens L'Union syndicale lycéenne porte deux demandes précises, la fin de Parcoursup et 10 milliards pour les lycées. Dans une journée dont les organisateurs assument eux-mêmes la pluralité des actions, où chacun vient avec sa colère, le gouvernement pourra répondre à tout le monde et à personne. La CFDT et FO, qui n'appellent pas à manifester, font ce choix de ne pas diluer les revendications.
Sources
- « Jaunes et jeunes » : gilets jaunes et lycéens font converger leurs colères dans la rue, Sud Radio (AFP) (2026)
- Reportage : les lycéens manifesteront-ils le 17 octobre pour une « convergence des luttes » ?, Public Sénat (2026)
- Acte V de la mobilisation lycéenne : un mouvement à bout de souffle ?, Sud Radio (2026)
- Mobilisation lycéenne : nouvel appel à manifester samedi 17 octobre, Euronews (2026)
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