La France doit-elle présenter des excuses officielles pour l'esclavage ?
· Société
Le Premier ministre britannique Andy Burnham s'est dit ouvert, fin octobre, à des excuses de l'État pour la traite transatlantique, tout en refusant les réparations financières.
Le contexte
Le 31 octobre, à la veille du sommet du Commonwealth, qui a réuni 56 pays à Antigua-et-Barbuda du 1er au 4 novembre, le Premier ministre britannique Andy Burnham s'est dit ouvert à des excuses officielles pour le rôle du Royaume-Uni dans la traite transatlantique. Le gouvernement britannique n'en avait jamais présenté. Selon Presse-citron, elles pourraient être formulées d'ici un an et rédigées avec des dirigeants caribéens et africains.
Londres exclut en revanche toute réparation financière. « Je ne pense pas que ce soit la bonne solution », a déclaré Andy Burnham au Guardian. Son gouvernement propose plutôt des restructurations de dettes et des investissements dans l'éducation et la santé. Pour le Premier ministre d'Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, « s'il n'y a pas de compensation, il y aura probablement une répétition de ces atrocités à l'avenir ». La cheffe de l'opposition conservatrice, Kemi Badenoch, estime au contraire que « ce sommet est une opportunité pour les gens de commencer à demander de l'argent à la Grande-Bretagne ».
Le débat français
La France a reconnu la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité dès 2001, avec la loi Taubira. Ses présidents ont exprimé des regrets, mais aucune excuse officielle de l'État n'a été prononcée, rappelle Presse-citron. Le 28 mai 2026, les députés ont voté à l'unanimité l'abrogation du Code noir, un texte dont la date d'examen au Sénat n'était pas fixée fin mai, selon LCP.
Une semaine plus tôt, Emmanuel Macron avait qualifié la réparation de « défi » et mis en garde contre les « fausses promesses ». « On ne pourra jamais le chiffrer, ni trouver les mots pour clore cette histoire », avait-il dit. Lors du débat sur le Code noir, la droite et l'extrême droite ont affirmé qu'elles refuseraient toute forme de « repentance », rapporte LCP.
Les arguments pour
- La loi reconnaît le crime depuis 2001, l'État ne s'en est jamais excusé La loi Taubira qualifie la traite et l'esclavage de crimes contre l'humanité, mais aucun dirigeant n'a présenté d'excuses au nom de l'État. Des excuses officielles mettraient la parole publique en accord avec ce que dit déjà la loi.
- Des excuses n'obligent pas à verser de l'argent Le gouvernement britannique sépare les deux : il prépare des excuses tout en refusant les réparations financières, et met en avant des investissements dans l'éducation et la santé et des restructurations de dettes.
Les arguments contre
- Les Français d'aujourd'hui n'ont pas à s'excuser pour des crimes commis par d'autres générations Des excuses au nom de l'État engagent tous les citoyens actuels. Andy Burnham juge que les Britanniques d'aujourd'hui ne peuvent être tenus pour responsables de torts historiques, même s'il en tire un refus des réparations plutôt que des excuses.
- Des excuses ouvriraient la voie à des demandes d'indemnisation Au Royaume-Uni, la cheffe de l'opposition Kemi Badenoch voit dans le sommet une occasion pour certains de commencer à réclamer de l'argent. Le dirigeant d'Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, lie déjà l'absence de compensation à un risque de voir ces atrocités se répéter.
- L'État agit déjà par la mémoire et l'éducation Emmanuel Macron met en avant l'éducation, la recherche et l'inauguration en 2027 d'un mémorial au Trocadéro, tout en reconnaissant qu'on ne pourra jamais réparer ce crime totalement.
Sources
- Esclavage : le Royaume-Uni se dit prêt à faire des excuses historiques (mais refuse les réparations financières), Presse-citron (2026)
- Commonwealth : le Royaume-Uni prêt à présenter des excuses pour l'esclavage, mais pas de réparations financières, TV5MONDE Info, sur Yahoo Actualités (2026)
- Code noir abrogé : pourquoi la question des réparations revient au cœur du débat, LCP (2026)
- Macron soutient l'abrogation du Code noir mais appelle à la prudence sur les réparations, Euronews (2026)
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