Approuvez-vous que la France discute avec les talibans pour renvoyer des Afghans jugés dangereux ?

· Europe et international

Paris a ouvert des discussions « techniques » avec le régime taliban pour renvoyer en Afghanistan des Afghans en situation irrégulière jugés menaçants, selon une source diplomatique citée par l’AFP le 7 octobre.

Deux hommes armés de fusils d’assaut posent devant un bâtiment en Afghanistan, l’un le visage masqué et coiffé d’une casquette, l’autre barbu avec un calot blanc.
Faruk Tokluoğlu, Pexels, licence Pexels, recadré en 3:4

Le contexte

Depuis le retour des talibans au pouvoir, en août 2021, la France n’a plus d’ambassade ouverte à Kaboul ni de relations diplomatiques avec le régime. Elle vient pourtant d’ouvrir un canal avec lui. Selon une source diplomatique citée par l’AFP le 7 octobre, le ministère des Affaires étrangères mène avec les talibans des discussions « techniques » sur le retour d’Afghans en situation irrégulière.

D’après cette source, les échanges portent sur « des centaines » de personnes considérées comme une menace pour la sécurité des Français. Paris assure qu’ils « ne remettent pas en question » sa position sur l’Afghanistan. Pour mesurer l’enjeu, le directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration estimait en juin 2025 que plus de 100 000 Afghans vivaient en France en 2024.

Berlin a ouvert la voie

La France suit un chemin déjà pris par l’Allemagne, où vivent environ 450 000 Afghans. Berlin a renvoyé par avion des Afghans condamnés par la justice, dont 81 au début de l’été 2025, et a reçu des représentants talibans à la fin de cet été. Le gouvernement allemand affirme que ces discussions sont purement techniques. Selon Euronews, une vingtaine de pays de l’Union européenne veulent eux aussi accélérer ces retours.

Pour expulser quelqu’un, il faut qu’un pays accepte de le reprendre, et c’est tout l’objet de ces contacts. En face, le régime de Kaboul reste mis au ban : en juillet 2024, la Cour nationale du droit d’asile a jugé que les femmes afghanes qui refusent les mesures imposées par les talibans peuvent obtenir le statut de réfugiée. Discuter avec ce pouvoir, même sur un sujet précis, ne va donc pas de soi.

Les arguments pour

  • Sans accord de Kaboul, un Afghan jugé dangereux et sans titre de séjour reste en France Une expulsion ne peut aboutir que si le pays d’origine accepte de reprendre la personne. Sans aucun contact avec les talibans, ces renvois sont bloqués. Les discussions portent sur quelques centaines de personnes considérées comme une menace, pas sur les Afghans installés légalement en France.
  • L’Allemagne a déjà obtenu des renvois de cette façon Berlin a expulsé par avion des Afghans condamnés, dont 81 au début de l’été 2025, après des contacts avec les talibans. Une vingtaine de pays de l’Union cherchent à accélérer ces retours. La France ferait comme ses voisins au lieu de rester sans solution pour des cas qu’elle juge prioritaires.
  • Un échange technique ne vaut pas reconnaissance du régime L’ambassade de France à Kaboul reste fermée et Paris affirme que ces contacts ne changent rien à sa position sur l’Afghanistan. Traiter des dossiers précis avec un pouvoir qu’on ne reconnaît pas est une pratique que l’Allemagne revendique aussi.

Les arguments contre

  • Les talibans peuvent monnayer leur coopération contre une légitimité internationale Selon Politico, cité par Business AM, l’Allemagne envisageait d’accepter des représentants talibans dans les consulats afghans sur son sol, une première dans l’Union, en échange de leur aide. Des experts y voient le risque que le régime réclame ensuite d’autres concessions.
  • Coopérer avec Kaboul peut mettre en danger des opposants afghans et leurs familles Les inquiétudes portent notamment sur l’accès des talibans à des données sensibles détenues dans les consulats, qui pourraient exposer des dissidents et leurs proches restés au pays. La justice française reconnaît elle-même ce danger : depuis juillet 2024, la CNDA admet que les Afghanes qui refusent les règles des talibans peuvent être protégées comme réfugiées.

Sources

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