Faut-il exclure des prix littéraires tout livre contenant un passage écrit par une IA ?

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Philippe Jaenada, lauréat du Goncourt 2026, a reconnu avoir glissé dans son roman une phrase écrite par ChatGPT, alors que l'Académie veut exclure les œuvres réalisées avec l'IA.

Une pile de vieux livres reliés posée sur une surface claire.
Priscilla Du Preez / Unsplash (licence Unsplash), recadrage 3:4

Le contexte

Le mardi 3 novembre, Philippe Jaenada a reçu le prix Goncourt pour « L'Inconnue du quai de Javel » (Flammarion), par six voix contre trois à Sylvain Prudhomme. Le roman enquête sur un meurtre non élucidé à Paris, à la fin des années 1940.

Peu après, l'écrivain a reconnu sur France Inter avoir eu recours à l'intelligence artificielle « trois fois » pendant l'écriture. Il a notamment inséré une phrase écrite par ChatGPT, afin de « jouer avec le lecteur », et ne l'a révélée qu'aux jurés. Il s'en est aussi servi pour se moquer d'une réponse absurde de ChatGPT et pour des recherches techniques. « Je pense qu'on ne peut pas refouler l'IA », a-t-il expliqué.

Ce que veut changer l'Académie

En septembre, l'Académie avait retiré de sa première sélection le premier roman de Thélyson Orélien, pour « préserver l'intégrité du prix Goncourt », en jugeant le livre « très largement le produit de l'intelligence artificielle ». L'auteur conteste avoir utilisé l'IA. Le jour du prix, l'Académie a annoncé vouloir modifier son règlement pour exclure toute œuvre réalisée avec le concours de l'IA. Le prix Goncourt « couronne une œuvre écrite par un être humain », a résumé son président, Philippe Claudel.

L'éditeur Antoine Gallimard estime qu'un auteur qui a utilisé l'IA doit « simplement être très honnête et le dire ». Sur la question de la preuve, l'AFP a soumis des passages du roman de Thélyson Orélien à huit détecteurs, qui ont rendu des verdicts contradictoires.

Les arguments pour

  • Un prix récompense le travail d'un auteur, pas celui d'une machine C'est la position affichée par l'Académie Goncourt : son président rappelle que le prix couronne une œuvre écrite par un être humain. Si une phrase générée est tolérée, il devient impossible de dire à partir de combien de passages un livre cesse d'être l'œuvre de son auteur.
  • Un livre primé doit pouvoir être présenté comme l'œuvre d'une personne Après l'aveu de Philippe Jaenada, une de ses lectrices a regretté sur X ce recours à l'IA : « J'ai envie de lire des auteurs qui font l'effort et prennent le temps de créer par eux-mêmes ». Un prix qui exclut les livres contenant des passages écrits par une IA répond à cette attente.

Les arguments contre

  • Une règle aussi stricte serait impossible à faire respecter L'AFP a testé huit détecteurs d'IA sur le roman de Thélyson Orélien et obtenu des verdicts contradictoires. Le chercheur Alexandre Gefen estime qu'il n'existe aucun moyen de prouver qu'un texte a été écrit entièrement par un humain. Une interdiction reposerait donc sur les déclarations des auteurs ou sur des soupçons.
  • Une phrase assumée ne fait pas d'un roman un texte écrit par une machine Philippe Jaenada a utilisé ChatGPT pour une phrase, une moquerie et des recherches techniques, et l'a dit lui-même. L'éditeur Antoine Gallimard estime qu'un auteur qui a utilisé l'IA doit « simplement être très honnête et le dire ». Des internautes jugent que l'IA « va devenir incontournable (...) comme un correcteur orthographique aujourd'hui ».

Sources

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