L'Europe doit-elle se payer son propre réseau de satellites pour ne plus dépendre de Starlink ?
· Sciences et numérique
L'armée ukrainienne signale depuis le 13 octobre des restrictions imposées sans préavis sur ses terminaux Starlink, au moment où les Vingt-Sept discutent du prochain budget spatial européen.
Le contexte
Dans la nuit du 13 au 14 octobre, des drones ukrainiens ont perdu leur connexion en plein vol. Selon l'armée ukrainienne, un changement survenu pendant la nuit sur StarShield, la version militaire du réseau satellitaire Starlink de SpaceX, coupe désormais le signal dès qu'un terminal dépasse 160 km/h, pendant 10 à 20 secondes. Serhii Beskrestnov, conseiller de Volodymyr Zelensky pour les technologies militaires, affirme que SpaceX a imposé cette limite sans prévenir Kiev. Résultat, décrit par Presse-citron : pilotage instable des drones de combat à moyenne portée, missions annulées en urgence, décollage compliqué des drones d'interception.
Panne ou pression politique ?
La cause n'est pas établie. Des conseillers militaires ukrainiens y voient la main de Washington, qui presse Kiev de cesser ses frappes contre les raffineries russes ; Donald Trump a imputé la hausse des prix du carburant à ces frappes. Elon Musk, lui, répond que StarShield appartient au gouvernement américain et que toute limitation est décidée par l'armée américaine « et, en dernier ressort, par le président ». Aucune preuve indépendante ne confirme un ordre de la Maison-Blanche. Ce qui est sûr, c'est la dépendance : Starlink équipe l'armée ukrainienne depuis 2022, et c'est la Pologne qui paie les abonnements, 50 millions de dollars par an. Son ministre des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a interpellé Musk sur X pour lui demander s'il faisait encore de la politique avec ses produits.
Ce que l'Europe a sur la table
Le 13 octobre, au Parlement européen, le vice-président Javier López a plaidé pour un « contrôle stratégique » de la connectivité par satellite. Le programme spatial européen 2021-2027 pèse 14,8 milliards d'euros, pour Galileo et Copernicus. Pour 2028-2034, la Commission propose un Fonds européen de compétitivité qui réserverait 131 milliards d'euros à la défense et à l'espace, un budget discuté au Conseil européen des 15 et 16 octobre. La constellation sécurisée IRIS² avance, mais lentement : l'Agence spatiale européenne a retenu en septembre l'entreprise catalane Sateliot pour sa couche en orbite basse, avec des tests en orbite prévus de 2027 à 2029. Et Sateliot lance encore ses satellites avec SpaceX, faute de fusée européenne disponible : le lanceur Miura 5 n'a pas encore volé.
Les arguments pour
- Un réseau qu'une entreprise étrangère peut brider sans préavis laisse une armée aveugle en pleine guerre L'Ukraine vient d'en faire l'expérience : des missions de drones annulées, des interceptions compliquées, parce qu'un réglage a changé pendant la nuit sans que Kiev soit prévenu. Un pays européen qui compterait sur Starlink pour ses propres forces s'exposerait au même risque, sans aucun recours. Seul un réseau détenu et contrôlé en Europe garantit que la décision de couper ou non reste entre des mains européennes.
- La décision finale appartient au président des États-Unis, Elon Musk le dit lui-même Interrogé sur les limitations, Musk a répondu que StarShield appartient au gouvernement américain et que toute restriction est décidée par l'armée américaine et, en dernier ressort, par le président. Avec une administration Trump qui presse déjà Kiev de ménager les raffineries russes, confier les communications militaires européennes à ce réseau revient à accepter un droit de veto de Washington sur les opérations des Vingt-Sept.
Les arguments contre
- IRIS² ne sera testé qu'entre 2027 et 2029 : des milliards pour un service qui arrivera trop tard La constellation européenne en est encore aux contrats : Sateliot, retenue en septembre pour l'orbite basse, prévoit ses tests en orbite de 2027 à 2029, et ses satellites décollent avec SpaceX parce que le lanceur européen Miura 5 n'a jamais volé. Pendant ce temps, Starlink fonctionne. Engager des dizaines de milliards sur un réseau qui n'existera pas avant la fin de la décennie ne protège personne aujourd'hui.
- Starlink marche et coûte 50 millions de dollars par an à la Pologne, une fraction d'une constellation L'abonnement de toute l'armée ukrainienne revient à 50 millions de dollars par an, payés par Varsovie. Le Fonds européen proposé pour 2028-2034 réserverait 131 milliards d'euros à la défense et à l'espace, pris sur un budget commun où chaque euro manquera ailleurs. Pour les sceptiques, mieux vaut exiger des garanties contractuelles de SpaceX et diversifier les fournisseurs que de construire un doublon européen à prix d'or.
Sources
- Ukraine : Starlink restreint dans la nuit, selon un conseiller de Zelensky, Euronews (2026)
- Ralentissement de Starshield en Ukraine : Musk rejette la responsabilité sur Trump, Euronews (2026)
- SpaceX accusée de brider Starlink en Ukraine sous la pression de Donald Trump, l'armée sous le choc, Presse-citron (2026)
- Souveraineté spatiale : l'Europe à l'épreuve du budget spatial, Euronews (2026)
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