Ecosia a-t-il eu raison de remplacer le français Mistral par des IA chinoises ?

· Sciences et numérique

Le moteur de recherche allemand Ecosia abandonne les modèles d'IA du français Mistral au profit de modèles ouverts développés en Chine.

Baie de serveurs informatiques reliés par des câbles réseau orange, dans une salle sombre.
Kevin Ache / Unsplash, licence Unsplash, recadrage 3:4

Le contexte

Ecosia, le moteur de recherche allemand qui finance la plantation d'arbres, avait choisi en mai le français Mistral pour remplacer OpenAI dans ses outils d'intelligence artificielle. Cinq mois plus tard, il change encore. « Nous sommes déçus de la qualité de Mistral », a expliqué son fondateur, Christian Kroll, au média Politico.

Ecosia passe désormais par Melious, une plateforme qui héberge des modèles ouverts comme Qwen, GLM et Kimi, conçus par des entreprises chinoises. Christian Kroll affirme avoir à peu près divisé ses coûts par deux tout en améliorant la qualité. Il évoque aussi des serveurs saturés : « Nous étions tout simplement un client trop important pour Mistral ».

La souveraineté en question

Le patron d'Ecosia conteste aussi le caractère européen de Mistral, qui compte parmi ses investisseurs Microsoft, Nvidia ou Samsung, et critique la part du nucléaire dans l'électricité française. Sa décision est tombée deux jours après la sortie de Mistral Large 4, le nouveau modèle de l'entreprise française, relève Mac4Ever.

Chez Mistral, le cofondateur Guillaume Lample a proposé à Ecosia un accès anticipé à Large 4, en rappelant que construire de bons modèles demande du temps et de la puissance de calcul. De son côté, Politico, cité par MacGeneration, rappelle une étude de NewsGuard selon laquelle cinq grands modèles chinois échouaient régulièrement à corriger certaines fausses informations favorables à Pékin.

Les arguments pour

  • Une meilleure qualité pour environ moitié moins cher Christian Kroll dit avoir divisé ses coûts par deux tout en améliorant ses réponses. Les modèles Mistral Small qu'utilisait Ecosia étaient nettement dépassés par des concurrents chinois et américains dans le classement Artificial Analysis, rappelle Presse-citron.
  • Des modèles ouverts peuvent tourner sur des serveurs européens Qwen, GLM ou Kimi sont des modèles dont les paramètres sont publiés : ils peuvent fonctionner sur une infrastructure européenne, sans que les requêtes des utilisateurs partent vers des serveurs chinois, souligne MacGeneration.
  • Mistral n'arrivait pas à suivre la demande d'un gros client Ecosia dit avoir subi des saturations répétées des serveurs. « Nous étions tout simplement un client trop important pour Mistral », résume son fondateur : pour un moteur de recherche, des réponses lentes ou indisponibles pèsent directement sur les utilisateurs.

Les arguments contre

  • Des IA qui relaient parfois les positions de Pékin Selon une étude de NewsGuard citée par Politico, cinq grands modèles chinois échouaient régulièrement à corriger des fausses informations favorables à la Chine. Le président de l'association allemande de l'IA, Rasmus Rothe, prévient que les biais les plus discrets, venus des données d'entraînement, sont difficiles à repérer et à corriger.
  • Lâcher l'IA européenne au moment où elle rattrape son retard Ecosia est parti deux jours après la sortie de Mistral Large 4, que Presse-citron range parmi les meilleures IA ouvertes du monde, au niveau des meilleurs modèles chinois sur certains tests. Mistral a proposé de le tester tout de suite : un client européen de plus aurait aidé l'entreprise à financer ses progrès.

Sources

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