Faut-il donner le droit de vote dès 16 ans ?

· Politique et démocratie

Jean-Luc Mélenchon a de nouveau défendu le droit de vote à 16 ans le 11 octobre, une mesure également soutenue par Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier.

Silhouette d'une main glissant une enveloppe dans une urne
Photo Element5 Digital, Unsplash (licence Unsplash), lieu non précisé ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le 11 octobre, lors d'un meeting au Zénith de Clermont-Ferrand centré sur le mouvement lycéen et Parcoursup, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a rappelé sa volonté d'instaurer le droit de vote à 16 ans, rapporte Sud Radio. Selon Public Sénat, la mesure figure parmi ses propositions pour la présidentielle de 2027, et Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier la soutiennent aussi. Camille Bedock, chercheuse au CNRS citée par le même média, juge les Français très opposés à l'idée.

Elle concernerait environ 1,5 million d'électeurs potentiels, selon Public Sénat. La France a abaissé la majorité électorale de 21 à 18 ans en 1974. L'idée est revenue plusieurs fois depuis : Lionel Jospin l'a portée en 2002, puis Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon dans leurs programmes de 2022. En décembre 2021, le Sénat, à majorité LR, a rejeté une proposition de loi du groupe socialiste en ce sens.

Ce qui se pratique ailleurs

L'Autriche fait voter dès 16 ans à toutes les élections depuis 2007, Malte pour les scrutins nationaux. Le Brésil, l'Argentine et l'Équateur le permettent aussi. L'Allemagne, l'Écosse et le pays de Galles l'autorisent pour certaines élections seulement. Selon Camille Bedock (CNRS), la participation y aurait progressé de 7 à 8 points, sans que celle des jeunes double pour autant.

Un obstacle constitutionnel discuté

L'article 3 de la Constitution réserve le vote aux « majeurs ». Selon Public Sénat en 2021, il faudrait donc réviser la Constitution ou abaisser la majorité civile, deux options que les sénateurs LR rejetaient en invoquant des « risques importants » pour la protection juridique et sociale des 16-17 ans. La sénatrice socialiste Martine Filleul affirmait au contraire que des constitutionnalistes jugeaient possible de changer l'âge du vote sans toucher au texte.

Les arguments pour

  • Voter plus tôt aiderait à prendre l'habitude d'aller voter Pour Camille Bedock, 18 ans, âge des études, du départ du domicile ou du premier emploi, est un moment peu propice aux nouvelles habitudes. Marion Paoletti, citée par Public Sénat, souligne qu'à 16 ans les jeunes sont encore encadrés par la famille et le lycée.
  • Le seuil de 18 ans est une frontière artificielle Le juriste Charles-Édouard Sénac rappelle que des mineurs assument déjà des responsabilités. « On devient citoyen en pratiquant, et non du jour au lendemain à 18 ans », dit-il à Public Sénat.

Les arguments contre

  • Une demande de jeunes militants plus que de la jeunesse Selon le juriste Charles-Édouard Sénac, le vote à 16 ans n'est pas la demande de la majorité des jeunes, mais de jeunes militants. D'après Camille Bedock, même les lycéens y sont peu favorables selon les rares sondages disponibles. Dans une enquête Injep-Crédoc de 2017, plus de 72 % des 18-30 ans y étaient défavorables, un résultat que Public Sénat juge ancien.
  • À 16 ans, le recul manque face à la famille et aux réseaux sociaux Selon Public Sénat, l'objection principale tient à la maturité. À 16 ans, les jeunes manqueraient de recul et subiraient davantage l'influence de leur famille ou des réseaux sociaux.
  • Séparer le vote de la majorité civile la viderait de son sens En 2021, le sénateur LR Olivier Paccaud estimait que dissocier le vote de la majorité civile viderait celle-ci de son sens et créerait la confusion en faisant voter un adolescent que le droit juge largement irresponsable.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

Donner mon avis : OUI ou NON