Faut-il donner aux journalistes un droit de veto sur la nomination du directeur de leur rédaction ?
· Culture et médias
Le 14 octobre, devant l'Alliance de la presse d'information générale, Manuel Bompard, représentant de Jean-Luc Mélenchon, a défendu l'octroi aux journalistes d'un droit de veto ou d'agrément en cas de changement de direction.
Le contexte
Le 14 octobre, l'Alliance de la presse d'information générale (Apig), qui regroupe près de 300 quotidiens et hebdomadaires, a reçu à Paris des candidats à la présidentielle ou leurs représentants. Tous ont dénoncé le « pillage » des contenus de presse par les entreprises d'IA. Philippe Ballard, pour le Rassemblement national, a été le seul à proposer une baisse des aides directes à la presse, étalée sur cinq ans. Les insoumis veulent conditionner ces aides à des critères « sociaux » et de « gouvernance ».
En juin 2023, les journalistes du JDD se sont mis en grève contre la nomination de Geoffroy Lejeune à la direction de leur rédaction. En juillet 2023, des députés de la Nupes, de Renaissance, du MoDem et de Liot, emmenés par Sophie Taillé-Polian, ont présenté une proposition de loi qui conditionnait les aides à la presse et l'attribution des fréquences à un droit d'agrément des journalistes sur la nomination de leur directeur de rédaction.
La proposition de loi de 2024
En 2024, une autre proposition de loi, déposée par la sénatrice Sylvie Robert, prévoyait de soumettre la nomination du directeur de la rédaction à un vote des journalistes, avec une majorité de 60 %. Pour les chaînes et radios hertziennes qui ne respecteraient pas cette procédure, l'Arcom pouvait retirer son autorisation. Le 17 octobre 2024, le Sénat a supprimé ce dispositif en adoptant le texte en première lecture. Le texte a ensuite été transmis à l'Assemblée nationale.
Les arguments pour
- Empêcher un actionnaire d'imposer un directeur rejeté par la rédaction En 2023, la rédaction du JDD s'est mise en grève, plusieurs semaines durant, contre la nomination de Geoffroy Lejeune. Un droit d'agrément lui aurait permis de mettre son veto à ce choix de l'actionnaire.
- Protéger l'indépendance de l'information face aux intérêts des propriétaires Les députés qui portaient le texte de 2023 estimaient que « les atteintes à l'indépendance des médias se multiplient » et voulaient éviter que la liberté d'entreprendre des actionnaires prenne le pas sur la liberté de la presse.
Les arguments contre
- Celui qui possède et finance le média doit pouvoir choisir qui le dirige On peut estimer que la liberté d'entreprendre inclut le choix de ceux qui dirigent l'entreprise. Un vote de la rédaction ferait dépendre de salariés une décision prise par celui qui possède le média et en porte le risque financier.
- Retirer une fréquence pour une nomination serait une sanction disproportionnée La proposition de loi de 2024 prévoyait que l'Arcom puisse retirer son autorisation à une chaîne ou une radio qui ne respecterait pas la procédure d'agrément. Une telle sanction peut paraître excessive au regard du manquement. Le Sénat a supprimé ce droit d'agrément en octobre 2024.
Sources
- Les candidats à la présidentielle exposent leurs solutions pour sauver une presse en crise, Journal du Net (2026)
- « La situation au JDD n'est pas isolée » : les députés veulent renforcer l'indépendance des rédactions face aux actionnaires, Ozap (2023)
- Proposition de loi sur le renforcement de l'indépendance des médias : le Sénat supprime plusieurs dispositions, Lexis Veille (2024)
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