Faut-il déployer l'armée pour protéger les bâtiments publics en cas de nouvelles émeutes ?

· Politique et démocratie

Le 19 octobre, Gabriel Attal s'est dit prêt, sur RTL, à confier temporairement à des militaires la garde fixe de bâtiments publics, après l'incendie de la mairie de Limoges et de l'office de tourisme de Lyon le 17 octobre.

Des militaires en treillis, sac au dos et fusil, patrouillent parmi les passants dans une cour du Louvre à Paris
Photo Fabien Maurin, Unsplash (licence Unsplash), Paris ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le 19 octobre, au micro de RTL, Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle, a déclaré : « S'il faut temporairement tenir des bâtiments publics en statique à des forces armées, il faut le faire ». Il s'agirait d'un déploiement limité dans le temps, pour une garde fixe (« en statique »). Pour lui, « Il y a une urgence : rétablir l'ordre », après ce qu'il décrit comme « une faillite dans la capacité à anticiper et gérer cet événement ».

Le 17 octobre, en marge de la journée de mobilisation, plus d'une vingtaine de villes ont connu des violences et des pillages, selon Maire-info. Plusieurs bâtiments publics ont été pris pour cible, « à commencer par la mairie de Limoges (Haute-Vienne) qui a brûlé », relève Orange Actualités, et l'office de tourisme de Lyon a lui aussi été en proie aux flammes. Près de 1 000 membres des forces de l'ordre ont été blessés, dont 7 grièvement.

Remplacer les gardes statiques par des militaires

Sur BFMTV, Gabriel Attal a précisé sa logique : il n'exclut pas de faire appel à l'armée pour remplacer les policiers et gendarmes qui « gardent les monuments qui ne sont pas particulièrement menacés en statique », afin de concentrer les forces de l'ordre là où les émeutes se déroulent. Il réclame aussi « une mobilisation exceptionnelle des forces de l'ordre sur les lieux où ces émeutes se déroulent » et juge que « Les couvre-feux, ça ne va pas assez loin pour rétablir l'ordre ».

La réponse du Rassemblement national

Jordan Bardella, cité par Europe 1 le 20 octobre, a rappelé à Gabriel Attal que « les forces armées dans la rue ont un nom, ça s'appelle la gendarmerie », et l'accuse de vouloir « être plus à droite que le RN » pour « exister médiatiquement ». Les maires de l'AMF estiment que les violences « ont marqué l'échec de la doctrine d'emploi des forces de l'ordre » ; les acteurs du tourisme redoutent, eux, que « les risques d'annulation de séjours fragilisent l'activité et l'emploi dans nos territoires ».

Les arguments pour

  • Des soldats devant les mairies libéreraient des policiers pour les quartiers où l'on pille Des policiers et gendarmes sont immobilisés à garder des monuments « qui ne sont pas particulièrement menacés », pendant que des émeutes se déroulent ailleurs. Confier ces gardes fixes à des militaires permettrait de redéployer les forces de l'ordre sur les lieux d'émeutes, là où Gabriel Attal réclame « une mobilisation exceptionnelle des forces de l'ordre ».
  • Les bâtiments publics ont été des cibles le 17 octobre, et la mairie de Limoges a brûlé Plus d'une vingtaine de villes ont connu violences et pillages, « plusieurs bâtiments publics, dont des mairies, ont été pris pour cible, voire détruits », la mairie de Limoges a brûlé et l'office de tourisme de Lyon a été incendié. Une présence militaire visible devant ces lieux peut dissuader de recommencer, sans mobiliser des unités de maintien de l'ordre qui comptent déjà près de 1 000 blessés.

Les arguments contre

  • Pour garder des bâtiments avec des militaires, la gendarmerie existe déjà Jordan Bardella l'a rappelé : les gendarmes sont déjà des militaires, et leur métier comprend l'ordre public. Faire appel aux forces armées revient à doublonner un outil existant, pour un effet d'annonce que le Rassemblement national attribue à une surenchère politique.
  • Des soldats devant les bâtiments publics aggraveraient l'image de la France à l'étranger Les acteurs du tourisme redoutent déjà que « les risques d'annulation de séjours fragilisent l'activité et l'emploi dans nos territoires ». Des militaires en faction devant les mairies ajouteraient une image de crise, au risque d'alourdir le coût économique des violences.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

Donner mon avis : OUI ou NON