Faut-il imposer en crèche un adulte pour cinq enfants au maximum, quel que soit leur âge ?
· Société
Les professionnels de la petite enfance sont appelés à la grève ce 8 octobre pour réclamer, entre autres, un adulte pour cinq enfants en crèche.
Le contexte
Dans une crèche collective, un professionnel peut aujourd'hui s'occuper de huit enfants qui marchent, ou de cinq bébés qui ne marchent pas encore. L'établissement peut aussi choisir une règle unique d'un adulte pour six enfants, quel que soit leur âge. Ces seuils s'appliquent à chaque instant de la journée, et le décret sur les crèches publié le 4 août 2026 n'y a pas touché.
Ce jeudi 8 octobre, les personnels de la petite enfance sont appelés à la grève. La CGT des services publics, qui a déposé un préavis de 24 heures, réclame un professionnel pour cinq enfants, quel que soit leur âge. Le collectif Pas de bébés à la consigne, à l'origine de cette journée, vise d'ici 2030 un adulte pour quatre bébés et un pour cinq enfants plus grands, et compte en faire un thème de la présidentielle de 2027.
Une piste déjà recommandée
En 2023, après une enquête sur la qualité de l'accueil et les risques de maltraitance, l'Inspection générale des affaires sociales préconisait de viser en moyenne cinq enfants par adulte, plutôt que la norme de six souvent retenue. Elle relevait des écarts très importants d'une crèche à l'autre et des équipes épuisées. Un an plus tard, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les crèches proposait un adulte pour cinq enfants d'ici 2027, puis un pour quatre en 2030.
Des postes déjà vacants
Reste à trouver les bras. Au printemps 2022, la Cnaf recensait 8 908 postes durablement vacants ou non remplacés auprès des enfants, et près d'une crèche sur deux disait manquer de personnel. Plus de 9 500 places étaient fermées ou inoccupées faute d'équipes. En 2024, la Fédération française des entreprises de crèches chiffrait le passage d'un adulte pour six à un pour cinq à environ 25 000 professionnels de plus, soit un milliard d'euros par an. Sans ces recrutements, il faudrait selon elle fermer 70 000 places.
Le 21 septembre, la ministre Stéphanie Rist, chargée notamment des Familles, a annoncé un plan d'urgence de 90 millions d'euros sur deux ans, surtout destiné à soutenir financièrement les crèches et l'installation d'assistantes maternelles. Il ne contient pas de mesure sur l'encadrement.
La CGT voit dans de meilleures conditions de travail le moyen de retenir et d'attirer des professionnelles. Les gestionnaires privés craignent au contraire qu'une norme plus stricte, imposée avant d'avoir formé les équipes, se traduise par des places supprimées.
Les arguments pour
- Avec moins d'enfants à sa charge, l'adulte a le temps de rassurer et d'éveiller chacun L'IGAS a constaté en 2023 de fortes différences de qualité d'une crèche à l'autre, liées notamment au nombre réel d'adultes présents auprès des enfants. Là où l'accueil se dégrade, elle relevait des manques dans la sécurité affective et l'éveil des tout-petits. Elle conseillait de viser cinq enfants par adulte en moyenne, contre six dans la règle souvent appliquée.
- Des équipes moins débordées quitteraient moins souvent le métier L'IGAS décrit la pénurie de personnel comme « un facteur aggravant autant qu'un symptôme » : des équipes réduites s'épuisent, et d'autres professionnelles finissent par partir. La CGT présente l'amélioration des conditions de travail comme la condition pour garder et attirer du personnel. Alléger la charge de chacune viserait à sortir de ce cercle.
Les arguments contre
- Sans recrues, la règle ferait fermer des places de crèche Selon la Fédération française des entreprises de crèches, passer d'un adulte pour six enfants à un pour cinq demanderait environ 25 000 professionnels supplémentaires, pour un coût d'un milliard d'euros par an. Si ces personnes ne sont pas trouvées, la fédération estime que 70 000 places devraient fermer, au détriment de parents qui cherchent déjà un mode de garde.
- Les crèches n'arrivent déjà pas à pourvoir les postes actuels En 2022, la Cnaf comptait 8 908 postes vacants ou non remplacés auprès des enfants, près de la moitié des crèches en manque de personnel et plus de 9 500 places fermées ou inoccupées. Le Haut Conseil de la famille relevait en 2023 qu'un quart des communes n'avait aucune solution d'accueil. Durcir la norme avant d'avoir formé davantage de professionnels risque d'aggraver ces manques.
Sources
- Crèches : simplification du mode de calcul du nombre de professionnels qualifiés, Banque des Territoires (Localtis) (2026)
- Petite enfance : la CGT appelle à la grève le 8 octobre face à une « dégradation » des conditions d'accueil, Dijon Actualités (2026)
- Pas de bébés à la consigne appelle les professionnelles de la petite enfance à manifester le 8 octobre, Lassmat (2026)
- Qualité et risques de maltraitance dans les crèches : l'Igas révèle l'ampleur du problème, Banque des Territoires (Localtis) (2023)
- Crèches : le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale adopté, LFI présente un « contre-rapport », LCP (2024)
- Commission d'enquête sur les crèches : des propositions pour réformer un système « à bout de souffle », Banque des Territoires (Localtis) (2024)
- La Cnaf confirme la pénurie de professionnels de la petite enfance, Weka (2022)
- Accueil du jeune enfant : Stéphanie Rist annonce un plan d'urgence de 90 M€, Weka (2026)
- Accueil du jeune enfant : un secteur sous tension (communiqué de presse), Fepem (2026)
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