Approuvez-vous les couvre-feux localisés annoncés après les pillages du week-end ?

· Justice et sécurité

Le 19 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux préfets de déclencher dès le soir même des couvre-feux « partiels » et « localisés » dans les villes touchées par les pillages.

Une rue étroite de Montmartre la nuit, rideaux de fer baissés, éclairée par un lampadaire
Photo Guillaume Didelet, Unsplash (licence Unsplash), Montmartre, Paris ; recadrée en 3:4

Le contexte

À l'issue d'une cellule interministérielle de crise, le 19 octobre, le Premier ministre a demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux », partiels et localisés, à partir du soir même, pour protéger notamment les commerces. La carte des zones concernées devait être communiquée dans l'après-midi du 19 octobre, après concertation avec les maires concernés. « Il n'est pas question de mettre tout Paris sous couvre-feu, ça n'a pas de sens », a-t-il déclaré, jugeant le désordre « très localisé » dans des centres urbains.

Selon L'Express, les préfets de Lille, Marseille et Lyon étaient appelés à trancher dans la journée ; à Paris, les quartiers de Châtelet, des Halles et de République étaient envisagés. Le ministre délégué Jean-Didier Berger a parlé de mesures prises « au cas par cas » pour « tenir les lieux concernés », en visant en particulier les mineurs présents à ces heures. Des arrêtés existaient déjà avant cette annonce : la maire de Denain (Nord) a instauré un couvre-feu de 21 h à 6 h du 18 au 25 octobre, et le préfet de Guadeloupe un couvre-feu pour les mineurs à Pointe-à-Pitre et aux Abymes dans la nuit de dimanche à lundi.

Ce que permet la loi

Un maire peut décider un couvre-feu si la mesure est proportionnée aux circonstances locales ou répond à un péril grave ou imminent ; un préfet peut également en instaurer un sur son territoire. Le Premier ministre n'écarte pas l'état d'urgence « si c'est utile », tout en le jugeant « lourd » ; les couvre-feux lui « paraissent davantage adaptés ». L'état d'urgence, déclaré sept fois depuis 1955, permettrait au ministre de l'Intérieur d'ordonner des assignations à résidence et à l'autorité administrative d'interdire cortèges et rassemblements.

Le bilan du week-end

Les autorités comptent au moins 550 000 manifestants samedi, 2 331 gardes à vue sur le week-end, près d'un millier de blessés parmi les forces de l'ordre et au moins 3 000 commerces touchés par des dégradations ou des pillages. Dans la nuit de dimanche à lundi, les violences se sont poursuivies à Paris, Marseille, Lyon et Nantes, selon CCI France. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu un « manque d'anticipation », et Gérald Darmanin a pointé un « défaut dans les renseignements ».

Le candidat Les Républicains Bruno Retailleau demandait dès le 18 octobre l'état d'urgence « sans délai » et un couvre-feu ; Emmanuel Macron a préféré confier aux préfets, avec les maires, des mesures de protection des villes et des commerces. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, estime que la crise ne se résoudra pas sans « réponse politique » et appelle le Premier ministre à négocier avec les organisations lycéennes, étudiantes et syndicales. La Commission européenne demande à la France de protéger le droit de manifester pacifiquement. La coordination des gilets jaunes appelle de son côté à un « acte II » le samedi 24 octobre.

Les arguments pour

  • Un couvre-feu ciblé protège les commerces visés sans fermer toute une ville Le gouvernement décrit des pillages concentrés dans des centres urbains et exclut un couvre-feu général sur Paris. Le ministre délégué Jean-Didier Berger présente la mesure comme un moyen de « tenir les lieux concernés » et d'empêcher des opérations précises de pillage, au cas par cas.
  • C'est une réponse moins lourde que l'état d'urgence, limitée à ce que les circonstances locales justifient Un couvre-feu pris par un maire doit être proportionné aux circonstances locales ou répondre à un péril grave. L'état d'urgence réclamé par Bruno Retailleau donnerait des pouvoirs plus larges, comme les assignations à résidence ou l'interdiction de cortèges et de rassemblements.

Les arguments contre

  • Les habitants et les commerçants des quartiers visés paient pour les actes des pilleurs Un couvre-feu s'applique à toutes les personnes présentes dans le périmètre à l'heure fixée, pas seulement aux pilleurs. Les quartiers envisagés à Paris, Châtelet, les Halles ou République, sont ceux où le gouvernement veut « tenir les lieux concernés » par les pillages, et tous ceux qui y vivent ou y travaillent seraient soumis à l'horaire.
  • Le week-end a révélé un échec du renseignement et de la doctrine, qu'un couvre-feu ne corrige pas Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu un « manque d'anticipation », Gérald Darmanin un « défaut dans les renseignements », et l'Association des maires de France demande de changer la doctrine d'intervention des forces de l'ordre. Aucune de ces trois failles ne dépend de l'heure à laquelle les gens circulent.
  • Un couvre-feu peut se retourner contre le droit de manifester dès ce week-end La Commission européenne a demandé à la France de protéger le droit de manifester pacifiquement, alors que les gilets jaunes appellent à un « acte II » samedi 24 octobre. Si des couvre-feux restaient en vigueur samedi, ils pourraient, selon L'Express, limiter les parcours ou les horaires de ces manifestations, pour lesquelles aucune déclaration n'avait encore été déposée le 19 octobre.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

Donner mon avis : OUI ou NON