Faut-il interdire aux candidats de payer des internautes pour diffuser leurs extraits vidéo ?
· Politique et démocratie
À l'approche de la présidentielle, des partis et des candidats français misent sur le « clipping », ces courts extraits vidéo diffusés en masse sur les réseaux sociaux, parfois par des agences dont les clippeurs sont payés à la vue.
Le contexte
Une phrase de meeting coupée, sous-titrée, puis publiée sur des dizaines de comptes : c'est le « clipping ». Le « for sure » d'Emmanuel Macron ou le « cap clair » de Raphaël Glucksmann en ont profité, rappelle Euronews. Pour la spécialiste Ariane Ahmadi, interrogée par la chaîne, « il n'y a pas plus efficace » quand le temps d'attention est aussi court.
La France insoumise fabrique ses clips elle-même : les extraits des meetings de Jean-Luc Mélenchon sont découpés en direct, puis relayés par les comptes officiels et les sympathisants. D'autres passent par des agences. L'ex-député Philippe Doucet, ancien cadre du Parti socialiste, travaille avec Clip.farm. Le Rassemblement national est aussi cité parmi les partis qui ont investi le format.
Des clippeurs payés à la vue
Selon Euronews, ces agences facturent de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Leurs clippeurs, des indépendants qui publient sur des comptes anonymes, sont souvent payés au nombre de vues. Chez Léo Percy, fondateur d'une agence française, c'est environ un euro pour 1 000 vues, indique L'ADN. Aux États-Unis, une campagne de clipping politique baptisée « Elephant Clipping » coûtait environ 300 000 dollars par mois.
Une zone grise
En France, la publicité à des fins de propagande électorale sur les réseaux sociaux est interdite dans les six mois qui précèdent un scrutin. Le recours à un prestataire extérieur pourrait poser problème, mais les contours restent flous : Lucas, fondateur de l'agence Clipperz, parle de « zone grise ». Léo Percy estime que les règles sur l'argent des campagnes n'ont pas prévu ces faux comptes « organiques » qui relaient discrètement des contenus payés.
Les arguments pour
- Des comptes payés donnent l'illusion d'un engouement spontané Les clippeurs publient sur des comptes anonymes qui ne disent pas qu'ils sont rémunérés. L'électeur croit voir des internautes enthousiastes, alors qu'il voit une campagne achetée, payée à la vue.
- Un argent de campagne difficile à tracer Selon Léo Percy, ces pratiques échappent aux règles sur l'argent des campagnes et la publicité politique, et la provenance des fonds est difficile à suivre. Euronews relève que la réglementation reste floue sur le recours à un prestataire.
Les arguments contre
- Découper un discours en extraits, c'est faire campagne avec les outils de son époque Les électeurs regardent des vidéos courtes. LFI parle d'un nouveau « tractage » : reprendre une phrase de meeting et la mettre en ligne, c'est diffuser des propos réellement tenus par le candidat, pas inventer un message.
- Une interdiction serait contournée par les militants LFI produit déjà ses clips en interne avec ses sympathisants, et le fondateur de Clipperz dit envisager ce modèle de bénévoles pour certains partis. Interdire le paiement favoriserait surtout les mouvements qui ont beaucoup de militants en ligne.
Sources
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