Pour obtenir la libération de Christophe Gleizes, la France doit-elle renoncer à la discrétion et faire publiquement pression sur l'Algérie ?

· Europe et international

Le 15 octobre, les proches du journaliste Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie, et Reporters sans frontières ont demandé aux dirigeants français d'« agir vite » pour obtenir sa libération.

Un monument de béton formé de grandes palmes qui se rejoignent vers le ciel
Photo Halima Bouchouicha, Unsplash (licence Unsplash), photo classée « Algiers » sur Unsplash ; recadrée en 3:4

Le contexte

Christophe Gleizes, journaliste de 37 ans qui collabore au magazine So Foot, a été arrêté en Algérie en mai 2024 alors qu'il préparait un reportage sur le club de football de la JSK. En juin 2025, il a été condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », alors que les relations entre Paris et Alger étaient fortement dégradées depuis l'été 2024, sur fond de reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Sa peine a été confirmée en appel début décembre 2025.

En mars 2026, il a retiré son pourvoi en cassation pour ouvrir la voie à une grâce présidentielle. Le 3 juin 2026, ses avocats ont annoncé le rejet du pourvoi du parquet, ce qui, selon eux, clôt la procédure et lève le dernier obstacle à une grâce.

L'appel de ses proches et de RSF

Le 15 octobre, sa mère, Sylvie Godard, son beau-père, Francis Godard, et Reporters sans frontières ont tenu une conférence de presse commune. Pour Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, il revient au gouvernement actuel de le ramener en France sans tarder, pour ne pas laisser à Alger une carte à jouer plus tard. Il se demande si le journaliste n'est pas devenu un « otage d'État ». Ses proches lui ont rendu visite une dizaine de jours plus tôt ; sa mère dit avoir constaté un durcissement récent de la position algérienne envers la France. Francis Godard craint que la campagne électorale française ne complique la situation.

Dans une chronique publiée par le JDD le 30 juin 2026, le politologue Arnaud Benedetti dénonçait la « ligne de discrétion quasi absolue » que les autorités françaises dictaient, selon lui, aux soutiens du journaliste. Selon lui, Paris avait donné des « gages de bonne volonté » à Alger, dont des visites ministérielles, « sans aucune contrepartie à ce stade ».

Les arguments pour

  • Laisser traîner offre à Alger une monnaie d'échange Pour Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, tarder laisserait au pouvoir algérien une « cartouche » pour plus tard, alors que s'ouvre un moment préélectoral en France. Vu sous cet angle, la discrétion laisse le temps jouer en faveur d'Alger.
  • La ligne discrète n'a pas permis sa libération Pour le politologue Arnaud Benedetti (JDD, juin 2026), Paris a donné des « gages de bonne volonté », dont les visites à Alger de Gérald Darmanin et de Laurent Nuñez, « sans aucune contrepartie à ce stade ». Le journaliste est incarcéré depuis juin 2025.

Les arguments contre

  • Une pression publique risque de compromettre une grâce Selon ses avocats, plus rien ne s'oppose à une grâce présidentielle depuis la clôture de la procédure. Son beau-père craint que la campagne électorale française ne complique la situation. On peut craindre qu'un bras de fer public, en pleine période préélectorale, ne fournisse à Alger une raison de différer ce geste.
  • Un ton plus dur pourrait ruiner la tentative de dialogue de février En février 2026, Laurent Nuñez s'est rendu à Alger pour « réenclencher une discussion » entre les deux pays, avec le cas du journaliste parmi les sujets prévus. On peut juger qu'un durcissement public fragiliserait ce dialogue.

Sources

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