Faut-il rouvrir des captages d'eau fermés pour pollution aux nitrates afin d'éviter une pénurie ?

· Environnement et énergie

Face à un risque de pénurie d'eau potable en plein automne, un syndicat d'eau du Finistère a obtenu une dérogation pour rouvrir un captage fermé depuis 2009 à cause des nitrates.

Une main ouvre un robinet de cuisine d'où coule l'eau
Photo Jacek Dylag, Unsplash (licence Unsplash), photo d'illustration ; recadrée en 3:4

Le contexte

La Bretagne sort à peine de l'une des pires sécheresses de son histoire, selon une dépêche AFP du 22 octobre. Mi-octobre, le lac du Drennec, qui alimente le nord du Finistère, n'était rempli qu'à 33 %. Il pourrait être presque à sec fin novembre. Or il fournit l'eau potable de 310 000 habitants. Fin septembre, 71 % des nappes bretonnes étaient à un niveau bas ou très bas, selon le BRGM.

À Saint-Malo Agglomération, des coupures d'eau sont prévues le 10 décembre pour 160 000 habitants si la pluie ne tombe pas en quantité suffisante. Le maire de Brest, Stéphane Roudaut, parle d'une situation « à deux doigts de la rupture ».

Pour tenir, le Syndicat mixte de l'Horn, qui alimente Roscoff et Saint-Pol-de-Léon, a obtenu une dérogation pour rouvrir un captage fermé depuis 2009 à cause des nitrates d'origine agricole. Son eau est mélangée à celle d'un cours d'eau voisin. « C'était le plan ultime qu'on n'avait jamais déployé », explique sa directrice, Valérie Morvan-Rouxel.

Depuis 1970, 447 captages ont été abandonnés en Bretagne, dont plus d'un tiers pour mauvaise qualité de l'eau, selon l'Observatoire de l'environnement en Bretagne. Pour Arnaud Clugery, porte-parole de l'association Eau et Rivières de Bretagne, « on s'est coupé d'un certain nombre de nos ressources ».

Les arguments pour

  • Mieux vaut une eau mélangée pour respecter les normes que des robinets à sec À Roscoff et Saint-Pol-de-Léon, l'eau du captage rouvert est mélangée à celle d'un cours d'eau voisin pour la rendre conforme aux normes. Ailleurs en Bretagne, des coupures sont prévues le 10 décembre pour 160 000 habitants du pays de Saint-Malo si la pluie manque.
  • Les sécheresses vont revenir, il faut pouvoir compter sur toutes les ressources Pour Alexandre Boisson, chercheur au BRGM, « Il va falloir s'y habituer. Des situations comme ça sont amenées à se renouveler de plus en plus souvent. » Garder des captages en réserve permettrait de tenir lors des prochaines crises.

Les arguments contre

  • Rouvrir un captage pollué dispense de réduire les nitrates agricoles à la source Plus d'un tiers des captages bretons abandonnés l'ont été pour mauvaise qualité de l'eau, et celui de l'Horn avait fermé à cause des nitrates d'origine agricole. Le rouvrir en urgence soulage la crise sans réduire cette pollution.
  • Les économies d'eau doivent passer avant le recours à des ressources de moindre qualité Dans le pays de Saint-Malo, la demande a déjà baissé de 6 % sur un an, selon le vice-président de l'agglomération, Jean-Francis Richeux. À Brest, le président d'Eau du Ponant, Fabrice Jacob, a insisté début octobre : « Il faut vraiment consommer moins maintenant ».

Sources

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