Faut-il pouvoir bloquer temporairement les réseaux sociaux dans les zones touchées par des émeutes ?
· Sciences et numérique
Le 19 octobre sur RTL, Gabriel Attal a plaidé pour un blocage temporaire des réseaux sociaux, ciblé sur les territoires où se déroulent des émeutes.
Le contexte
Après les pillages qui ont suivi la manifestation du samedi 17 octobre et se sont poursuivis dimanche soir, Gabriel Attal a défendu, le lundi 19 octobre sur RTL, la possibilité de couper les réseaux sociaux là où ont lieu des émeutes : « Il faut que ce soit un blocage temporaire, ciblé sur les territoires où se déroulent les émeutes ». Selon le candidat Renaissance, « des phénomènes d'émeutes passent à travers les réseaux sociaux », qui serviraient à fixer des points de rassemblement et provoqueraient un effet de « mimétisme ».
Il n'envisage cette mesure que si le mouvement se poursuit et s'il est établi que les réseaux sont utilisés à des fins de violences. Le même jour, il a aussi demandé de « faire très vite des exemples » et, comme Jordan Bardella, une coopération des plateformes de revente pour identifier ceux qui exhibent en ligne des biens volés, en soulignant le grand nombre de vidéos postées sur les réseaux.
Le précédent de la Nouvelle-Calédonie
Le 14 mai 2024, Gabriel Attal, alors Premier ministre, avait ordonné le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie pendant les émeutes. La coupure a duré du 15 au 29 mai 2024. Le 1er avril 2025, le Conseil d'État a jugé cette décision illégale : la gravité des troubles pouvait justifier une interruption provisoire, mais la mesure prévoyait une coupure totale pour une durée indéterminée. L'État a été condamné à verser 3 000 euros à chacun des requérants.
Le Conseil d'État a fixé à cette occasion les conditions d'un blocage légal : la mesure doit être indispensable au vu de la gravité des événements, limitée dans le temps, et aucun autre moyen moins attentatoire aux libertés ne doit être immédiatement disponible. En dehors des cas prévus par la loi, la liberté d'expression s'oppose à l'interruption de l'accès à un réseau social. Capital juge la mesure « difficile à mettre légalement en place ».
Le bilan du week-end
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, compte 550 000 manifestants samedi, pour 200 000 attendus ; les autorités font état de 2 331 gardes à vue sur le week-end et d'au moins 3 000 commerces touchés. Le ministre a reconnu un « manque d'anticipation » et une « perte de contrôle » dans certaines grandes villes, qu'il explique par une participation très supérieure aux prévisions, un manque d'effectifs, la présence de pillards et d'une ultragauche violente.
Les arguments pour
- Couper les réseaux empêche de fixer des points de rassemblement et casse l'effet d'imitation C'est le raisonnement de Gabriel Attal : les émeutes se propagent par les réseaux sociaux, qui servent à donner rendez-vous et créent un effet de mimétisme. Un blocage limité à la zone et au temps des troubles viserait ce canal sans toucher le reste du pays.
- Le Conseil d'État admet un blocage provisoire quand les troubles sont très graves En annulant la coupure de TikTok en Nouvelle-Calédonie, le Conseil d'État a admis que la gravité des événements pouvait justifier une interruption provisoire, à condition qu'elle soit indispensable, limitée dans le temps et sans alternative moins attentatoire immédiatement disponible. Le gouvernement peut donc y recourir dans ce cadre.
Les arguments contre
- Les vidéos publiées en ligne servent aussi à retrouver les pilleurs Gabriel Attal compte sur le grand nombre de vidéos postées sur les réseaux et les plateformes pour identifier des jeunes qui exhibent des biens volés. Couper ces réseaux priverait enquêteurs et témoins d'un outil que les partisans du blocage veulent eux-mêmes exploiter.
- La liberté d'expression interdit en principe de couper un réseau social Pour le Conseil d'État, en dehors des cas prévus par la loi, l'article 11 de la Déclaration de 1789 s'oppose à l'interruption de l'accès à un réseau social. Le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie en 2024 a été annulé et l'État condamné à indemniser les requérants.
- Le ministre de l'Intérieur n'a pas mis en cause les réseaux sociaux dans la perte de contrôle Laurent Nuñez explique la perte de contrôle par une participation deux fois et demie supérieure aux prévisions, un manque d'anticipation et la présence de militants d'ultragauche et de pillards, sans citer les réseaux. La proposition de blocage est d'ailleurs conditionnée au fait que leur rôle soit établi.
Sources
- Gabriel Attal veut pouvoir bloquer les réseaux sociaux là où ont lieu les émeutes, Capital (via Yahoo Finance) (2026)
- En direct - Violences urbaines : Sébastien Lecornu annonce avoir demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux », Europe 1 (2026)
- Pillages : Bardella demande aux plateformes de revente en ligne de coopérer avec les enquêteurs, Orange Actualités (AFP) (2026)
- Nouvelle-Calédonie : le Conseil d'État juge illégal le blocage de TikTok en mai 2024, Le Club des juristes (2025)
- L'État sanctionné pour avoir suspendu TikTok pendant les émeutes calédoniennes, Journal du Net (2025)
- Mobilisations du 17 octobre : le ministre de l'Intérieur reconnaît « un manque d'anticipation » et a proposé sa démission, LCP (2026)
Vote ouvert jusqu’au .