Faut-il autoriser un ou deux jours d'arrêt maladie par an sans certificat médical ?
· Santé
Une étude belge relayée le 20 octobre montre que les absences d'un jour ont presque doublé dans les grandes entreprises depuis la dispense de certificat pour les absences courtes, sans hausse significative de l'absentéisme de courte durée.
Le contexte
En Belgique, depuis fin 2022, les salariés des entreprises d'au moins 50 travailleurs peuvent s'absenter pour maladie jusqu'à trois jours par an sans fournir de certificat médical. Depuis le 1er janvier 2026, ce maximum est ramené à deux jours. Une étude du prestataire RH Securex, menée sur 2021-2024 avec le professeur Philip Verwimp (KU Leuven et ULB), en mesure l'effet.
Dans les grandes entreprises, le nombre moyen d'absences d'un jour par travailleur « est passé de 0,22 en 2021 à 0,42 en 2024 », contre une hausse de 0,17 à 0,25 dans les plus petites structures. En revanche, les absences de deux à cinq jours sont restées statistiquement stables, et l'absentéisme de courte durée pris dans son ensemble n'a pas connu de variation statistiquement significative. Securex relève une charge administrative accrue pour les employeurs et précise que cette hausse « n'est pas nécessairement synonyme d'abus ».
Et en France
En France, tout arrêt maladie passe par un certificat du médecin. En mai 2024, la Cour des comptes a recommandé de supprimer les certificats pour les arrêts très courts : les salariés auto-déclareraient leur incapacité à leur employeur, comme au Royaume-Uni ou au Québec. Le rapport évoquait « des risques d'abus » sans « aucune conclusion définitive » des études disponibles, et suggérait des garde-fous, comme un ou deux jours de carence non payés. Le ministre délégué à la Santé d'alors, Frédéric Valletoux, s'était dit prêt à en discuter avec les organisations patronales.
En France, un tel choix interviendrait dans un contexte d'économies. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a demandé aux partenaires sociaux une réforme de fond de l'indemnisation des arrêts maladie, avec un objectif d'un milliard d'euros d'économies en année pleine et une conclusion attendue au plus tard le 19 décembre. Entre 2019 et 2025, le nombre d'arrêts indemnisés a augmenté de 10 % pour atteindre 9,1 millions, pour un coût de 17,9 milliards d'euros à l'Assurance maladie.
Les arguments pour
- Un jour de fièvre n'a pas besoin d'un rendez-vous médical, et le médecin a mieux à faire C'est l'argument de la Cour des comptes, qui voit dans l'auto-déclaration un moyen de libérer du temps médical. Le ministre délégué à la Santé de l'époque, Frédéric Valletoux, l'avait repris : « Il faut, avec les réseaux patronaux, discuter de cette mesure qui peut libérer du temps médical. » Le Royaume-Uni et le Québec fonctionnent déjà ainsi pour les absences courtes.
- En Belgique, l'absentéisme de courte durée n'a pas bougé malgré la fin du certificat Les absences de deux à cinq jours sont restées « statistiquement stables » et le taux d'absentéisme de courte durée n'a pas connu de variation statistiquement significative, d'après Securex, pour qui rien n'indique une hausse des coûts salariaux directs. Les auteurs précisent que la hausse des absences d'un jour « n'est pas nécessairement synonyme d'abus ».
Les arguments contre
- Sans certificat, les absences d'un jour ont presque doublé dans les grandes entreprises belges Le nombre moyen d'absences d'un jour par travailleur « est passé de 0,22 en 2021 à 0,42 en 2024 » dans les entreprises de 50 salariés et plus, contre 0,17 à 0,25 dans les plus petites. Securex y associe « une hausse de la charge administrative » et un impact organisationnel potentiellement plus marqué pour les employeurs.
- La contrepartie proposée en France serait des jours de carence non payés La Cour des comptes elle-même évoquait « des risques d'abus » et jugeait nécessaires d'autres garde-fous, comme un ou deux jours de carence obligatoires et non rémunérés. Le ministre du Travail cherche par ailleurs un milliard d'euros d'économies sur les arrêts maladie. Dans ce contexte, une dispense de certificat aurait peu de chances d'être adoptée sans cette contrepartie, des jours de maladie non payés.
Sources
- Les absences pour maladie d'un jour augmentent depuis la suppression du certificat médical, RTBF (2026)
- Les absences pour maladie d'un jour augmentent depuis la suppression du certificat médical, La Libre (2026)
- Arrêt maladie de courte durée : pourrez-vous bientôt auto-déclarer vos arrêts de travail ?, Previssima (2024)
- Arrêts maladie : ultimatum fixé au 19 décembre pour les partenaires sociaux sur une réforme « structurelle », Europe 1 (2026)
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