La France doit-elle demander à Bruxelles une dérogation pour l'andouille de Guémené ?

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Un fabricant d'andouille de Guémené dépasse les seuils européens d'hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés en partie cancérogènes ; des élus bretons réclament que la France demande une dérogation à Bruxelles, ce que l'administration française avait jugé inutile en 2019.

Des saucissons et chorizos séchés suspendus dans une charcuterie, en gros plan
Photo Edi Libedinsky, Unsplash (licence Unsplash), La Plata, Argentine ; recadrée en 3:4

Le contexte

L'andouille de Guémené, cette charcuterie fumée du Morbihan, se heurte aux règles européennes sur les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les HAP, « des polluants dont certains sont cancérogènes », rappelle Pleinchamp. L'Union européenne impose des teneurs maximales dans les produits fumés : 12 microgrammes par kilogramme pour la somme de quatre HAP, selon Unidivers.

Benoît Rivalan, propriétaire de la centenaire Maison de l'Andouille à Guémené-sur-Scorff, raconte à Euronews le résultat des analyses : « Nous sommes passés de niveaux compris entre 6 et 8 microgrammes à des niveaux entre 120 et 150 microgrammes de HAP ». Il a déjà réduit ses effectifs : si les autorités ordonnent de fermer, « nous préférerions devoir licencier 14 personnes plutôt que les 19 que nous employions auparavant ». Selon Unidivers, le fabricant affirme que les concentrations seraient depuis « descendues autour de 10 à 15 microgrammes par kilogramme ».

Ce que permet le droit européen

Le règlement prévoit des dérogations pour les produits fumés traditionnels, « jusqu'à 30 microgrammes de HAP4 par kilogramme, contre 12 dans le régime normal ». « L'Espagne, le Portugal, la Croatie ou encore Chypre disposent également de possibilités dérogatoires », note Unidivers, mais « La France n'y figure pas » : l'administration française avait jugé inutile, en 2019, de solliciter cette dérogation.

Qui demande quoi

Loïg Chesnais-Girard, président du conseil régional de Bretagne, a écrit au gouvernement le 28 septembre pour l'exhorter à déposer à Bruxelles une demande de dérogation. Le sénateur Simon Uzenat accuse : « C'est limpide : la France n'a pas fait son travail en matière d'andouille fumée ». Le ministère de l'Agriculture, lui, relativise. La ministre Annie Genevard insiste sur un point : l'andouille de Guémené n'est pas menacée dans son ensemble, et un seul fabricant est concerné par les dépassements. Dans un communiqué du 14 octobre, le ministère fait état de résultats encourageants sur les solutions testées, qui demandent toutefois du temps et de l'argent, « sans garantie de conserver exactement le même goût », note Pleinchamp. Le ministère rappelle aussi, selon ce site le 16 octobre, qu'aucune demande de dérogation n'a été déposée par la filière.

Les arguments pour

  • L'Espagne, le Portugal ou la Croatie ont leur dérogation : la France a laissé ses charcuteries fumées à l'ancienne sans protection Le droit européen prévoit une tolérance jusqu'à 30 microgrammes de HAP4 par kilogramme pour les produits fumés traditionnels, et plusieurs pays l'ont obtenue. La France n'y figure pas, l'administration française ayant jugé, en 2019, qu'il n'était pas nécessaire de solliciter une dérogation. Le sénateur Simon Uzenat en conclut que la France n'a pas fait son travail en matière d'andouille fumée.
  • Sans dérogation, un savoir-faire et 14 emplois sont menacés à Guémené La Maison de l'Andouille est déjà passée de 19 à 14 salariés, et son propriétaire redoute un ordre de fermeture. Les solutions techniques testées demandent du temps et de l'argent, sans garantie de conserver le même goût, selon Pleinchamp : le produit traditionnel est donc en jeu.

Les arguments contre

  • Les HAP sont en partie cancérogènes : les seuils protègent ceux qui mangent l'andouille Les teneurs maximales européennes existent parce que certains de ces composés formés par le fumage sont cancérogènes. Les analyses du fabricant concerné ont atteint 120 à 150 microgrammes, dix fois le plafond normal ; il annonce désormais 10 à 15 microgrammes, soit autour des 12 autorisés. Une dérogation ne ferait pas disparaître ces substances de l'assiette.
  • Un seul fabricant dépasse les seuils et la filière n'a elle-même déposé aucune demande Selon la ministre de l'Agriculture, l'andouille de Guémené n'est pas menacée dans son ensemble : un seul producteur est concerné par les dépassements, et le ministère fait état de résultats encourageants sur les solutions techniques testées. Au 16 octobre, la filière elle-même n'avait déposé aucune demande de dérogation, selon le ministère. L'urgence d'une démarche à Bruxelles en paraît moins évidente.

Sources

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