Faut-il mettre des amendes aux personnes qui regardent du sport sur des IPTV pirates ?

· Sciences et numérique

La Ligue de football professionnel réclame des amendes forfaitaires pour les spectateurs de flux sportifs piratés ; l’Arcom privilégie la « responsabilisation ».

Un homme de dos, dans une pièce sombre, regarde un match de football sur un écran accroché au mur.
Photo : obayda PH / Unsplash, licence Unsplash (recadrage 3:4)

Le contexte

Un abonnement à une IPTV illégale coûte quelques dizaines d’euros par an et donne accès à presque tous les matchs. En France, on compte « plusieurs millions » de ces services pirates, selon les estimations reprises par Presse-citron. Jusqu’ici, la lutte vise surtout ceux qui les vendent ou les font connaître.

Début octobre, Olivier Bramly, directeur général de LFP Media, la filiale commerciale de la Ligue de football professionnel, a demandé d’aller plus loin : « il faut aller pénaliser celui qui consomme le flux pirate », avec des amendes forfaitaires. Il estime qu’on comprend trop peu dans l’opinion que regarder une IPTV est illégal.

Ce que prévoit déjà le droit

S’abonner à un service pirate relève en théorie du recel de contrefaçon, passible de cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende, une peine jamais appliquée à ce niveau. En mars 2026, le parquet d’Arras a fait payer de 300 à 400 euros à une vingtaine d’abonnés d’un service pirate. La loi du 6 août sur le sport professionnel renforce le blocage des flux et punit d’un an de prison la promotion de ces services, influenceurs compris.

Martin Ajdari, président de l’Arcom, se montre plus prudent : il parle de « responsabilisation » et d’une réponse graduée, pour que les utilisateurs sachent que leur action ne reste pas sans suite.

Les arguments pour

  • Sans risque pour l’acheteur, le piratage reste un réflexe banal Bloquer les sites ne suffit pas quand plusieurs millions de services pirates circulent et que l’usage passe pour anodin. Une amende forfaitaire, rapide et connue de tous, ferait comprendre que regarder un flux volé n’est pas sans conséquence, comme l’a montré l’exemple d’Arras.
  • Le piratage prive les clubs de l’argent qui finance le football Les droits télé sont la première ressource des clubs professionnels. Chaque abonnement pirate est un abonnement légal en moins pour les diffuseurs, qui paient ensuite moins cher les droits : la Ligue parle d’un manque à gagner « colossal ».

Les arguments contre

  • Punir les spectateurs ne règle pas le prix élevé des abonnements légaux Beaucoup se tournent vers les IPTV parce que suivre toutes les compétitions oblige à cumuler plusieurs abonnements. L’Arcom elle-même préfère d’abord sensibiliser et responsabiliser les utilisateurs plutôt que de les frapper directement au portefeuille.
  • Identifier des millions d’utilisateurs suppose une surveillance lourde Pour verbaliser un spectateur, il faut d’abord savoir qui regarde quel flux, alors que beaucoup passent par des VPN. Jusqu’ici, seules quelques poursuites ponctuelles ont abouti, comme les vingt abonnés d’Arras, loin d’une sanction généralisée.
  • La loi vise déjà les vendeurs et les promoteurs, là où le problème naît La loi d’août sur le sport professionnel renforce le blocage automatique des flux et punit d’un an de prison la promotion des services illégaux. Mieux vaut laisser ces outils produire leurs effets avant de poursuivre les simples spectateurs.

Sources

Sondage clos le .

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